L'obsession folle

 


J'ai écrit cette histoire quand j'avais 14 ans dans le cadre d'un projet scolaire. Soyez compréhensifs sur le style (j'étais jeune). S'il arrivait, par hasard, que quelqu'un de ma classe de l'époque la reconnaisse, je le prierais de respecter mon anonymat. Merci d'avance !







 
 
28 Août 1679
 
Quelle chance j'ai ! Etre remarquée par le roi ! Mieux, j'ai passé la journée à badiner avec sa Majesté, mon amant. Comme ce mot sonne doux à mon oreille ! J'ai encore du mal à m'y faire. Pourtant, cela fait déjà douze ans ! Mais le roi affirme que ma beauté n'a pas changée. Il le disait justement ce matin tandis que nous nous promenions dans les superbes mais pluvieuses allées du château de Versailles :
-Vous êtes fort belle aujourd'hui ma mie. Vos yeux de feu sont étincelants  et chauds comme la braise. J'aimerais faire quelque chose pour vous. Je sais que vous convoitez un titre plus noble et je puis vous assurer, madame, que si vous n'étiez point mariée, la cours aurait le plaisir de vous appeler duchesse de Montespan. Il est bien triste qu'une femme de votre esprit doive rester simple marquise de par la mauvaise conduite de son époux.
 
Duchesse... Duchesse... Comme ce titre est beau ! Je m'approchais de la fenêtre et, en regardant les étoiles, je tentais de me consoler de ne point l'être. Après tout, je n'avais pas besoin d'être duchesse. Je suis une Mortemard que diable ! Ma lignée à elle seule égale le rang d'une princesse. Ma beauté, mon intelligence et mon sang me rendent bien supérieure à la reine Marie-Thérèse ! Je l'ai bin vu : elle crevait de jalousie en nous regardant, le roi et moi. Cette petite femme laide, replète, aux dents gâtées, qui ne parle même pas correctement français ! Qui s'empiffre et s'enferme dans ses appartements avec ses chiens nuit et jour n'est vraiment pas digne d'être la première dame de France ! Cette femme n'a ni conversation, ni esprit. Elle est bien trop gentille ! Bien trop tendre ! Jamais elle n'aura de place respectable et respectée à la cour ! Décidément le Roi-Soleil mérite mieux ! Il mérite une femme qui sache lui parler, le comprendre et le séduire. Une femme...comme moi ! Le destin s'est assurément trompé de personne. Mais... Peut-être pourrais-je corriger sa faute ? Peut-être pourrais-je devenir reine aux côté de Louis Le Quatorzième ?
 
 
29 Août 1679
 
J'ai mal dormi cette nuit. J'ai réfléchi toute la nuit. Je me demandais comment une marquise peut devenir reine. Il faudra éblouir le roi bien entendu mais une autre idée s'est imposée à moi : pour que je devienne reine, il faut que la reine actuelle disparaisse. Peut-être même qu'elle meure ! Quoi ? Qu'est-ce que je viens d'écrire ? Moi ? La marquise de Montespan ? J'aurais des idées de meurtre ? Non ! C'est impossible ! La fatigue des promenades et la trop grande froidure pour un mois d'Août m'auront certainement joués un mauvais tour. Je vais aller me coucher et, demain, je demanderai un lavement et une saignée.
 
 
30 Août 1679
 
La saignée a fait son effet. Je me sens beaucoup mieux.
 
Un orage s'en vient. Je demande à ce que mon lit soit le plus éloigné possible de la fenêtre. J'ai peur. Ma voyante m'a affirmé que je mourrai un soir d'orage comme celui-ci. Aussi, je me recueille et je prie Dieu de me laisser vivre encore un peu.
 
Il a écouté mes prières car je suis toujours là, consciente, sur mon lit, entourée de mes occupées*. A présent, je remercie Dieu pour sa grâce.
 
 
31 Août 1679
 
L'idée de devenir reine m'obsède. Pourtant une partie de moi doute de cette envie. Mais que m'arrive-t-il ? Je crois que je deviens folle !
Ce matin, tandis que je me maquillais pour être désirable au grand levé du roi, j'ai pris peur ! Mon miroir, qui aurait simplement dû me montrer mon reflet parfait, me montrait celui d'une femme à l'apparence étrangère d'une sorcière. Et pourtant si belle ! Si belle ! D'une beauté presque diabolique. Elle était si richement vêtue et parée qu'elle semblait éblouir la terre entière ! Ses yeux perçants et flamboyants me pétrifiaient de terreur.  Lorsque je repris conscience que j'avais des jambes, je fuis le plus vite je pu.
J'ai raconté ma mésaventure à ma confidente, Claude des ¼illets. Celle-ci soupçonne un complot contre moi par des jaloux de mon titre de favorite royale. Elle m'a dit, avec une inquiétude touchante, que je n'étais pas suffisamment protégée et que, pour me défendre, elle m'achèterait un poison mortel qu'elle m'amènerait dès demain.
 
 
1er Septembre 1679
 
Je n'ai pas quitté mes appartements de la journée, prétendant être souffrante. Sa majesté le roi, inquiet, m'a rendu visite et, même s'il est du plus mauvais goût de mentir à Sa Majesté, je dû m'y résoudre ce jourd'hui.
 
En vérité, je n'étais pas souffrante. J'attendais simplement Claude des ¼illets afin qu'elle m'apportât un petit flacon de poison qu'elle aurait acheté à prix d'or chez la sorcière la plus en vogue de Paris : madame Monvoisin, dite La Voisin.
 
Sachant combien le roi déteste les voyants et les sorcières, je lui ai caché la véritable raison de ma maladie fictive.
Cependant, je n'ai pas manqué l'occasion de lui demander une autre chambre prétextant une lassitude de mes appartements actuels. Le roi ne peut rien me refuser et il a donc accédé à ma demande. Je ne suis pas véritablement lassée de mes appartements mais je ne veux en aucun cas que l'incident du miroir se reproduise. Grâce à Sa Majesté, j'emménage demain.
 
Juste après le départ du roi, Claude des ¼illets s'est enfin faite annoncée pour me transmettre la précieuse mixture.
 
 
2 Septembre 1679
 
J'ai emménagé dans mes nouveaux appartements. Les meubles y étaient déjà. Ils étaient d'ébène noir et les tapisseries qui recouvraient le mur d'un rouge sang. Ils contrastaient avec les petites figurines et autres décorations de blanc et d'or qui ornaient mon agréable nouveau logis. Pourtant, pour parvenir à lui, il fallait prendre les escaliers délabrés et instables des communs.
 
Une journée de calme et de repos suffit à me remettre de ma mésaventure et, le soir même, je retournai dans mes anciens appartements, plus grands donc plus aptes à recevoir. Même si...Une fois dans mon lit, je frissonnais toujours en y songeant. Plus je compare cette vision d'il y a deux jours, cette vision terrible et magnifique, avec la description que le roi m'avait dressée il y a une semaine, plus je me reconnaissais et plus j'avais peur.
Suis-je vraiment aussi belle et terrifiante ? Aussi flamboyante ? Mes yeux sont-ils si perçants ? Suis-je réellement devenue méchante et criminelle depuis que la pensée d'être reine ne me quitte plus ? Moi ? Une tendre et sensible femme qui ne désire qu'aimer et être aimée ? Impossible ! Je deviens sûrement folle ! Ou alors... Peut-être que... Et si.... Non c'est tout simplement impensable ! Moi ? Athénaïs Françoise Mortemard de Montespan ? Moi ? Possédée par le démon ? Ensorcelée par une sorcière ? IMPOSSIBLE ! Et pourtant... Après tout, les sorcières existent... Le roi les fait condamner au bûcher mais elles existent. Comment m'en défaire ? On dit que leurs victimes sont condamnées, que ces femmes sont des diablesses sans scrupules !
Minuit sonne et je sursaute. Mes occupées sont pourtant là ! Elles brodent comme si rien ne s'était passé. Mon c½ur bat la chamade. J'ai si peur. Je commence à frissonner et à trembler de tous mes membres. Il y a une présence. Je la sens. Elle me tourne autour et me murmure à l'oreille des paroles qui résonnent tel un tambour dans ma tête. Au début, je ne les comprenaient pas. Et puis, petit à petit, j'ai entendu clairement : « Sois reine ! Sois reine ! Et tu mèneras enfin cette vie dont tu rêves ! ». J'ai répondu : « Comment ? ». Et la voix dans ma tête m'a répondu : « Mais tu le sais déjà ». J'aurais voulu nier ! Me défendre ! Dire que je ne voyais absolument pas ! Sauf que je comprenais de plus en plus clairement où cette voix voulait en venir.
La présence commença à me quitter. Il fallait l'arrêter ! Savoir qui se cachait derrière toute cette histoire ! Mais le courage me manqua et je ne pus que tenter de me rassurer en fermant les yeux.
Quand je les rouvris, quelques secondes plus tard, mes occupées n'étaient plus là et mes fenêtres s'étaient ouvertes dans la nuit noire. J'ai immédiatement fermé la fenêtre à double-tour et suis partie me cacher dans ma garde-robe laissant seulement la porte entrouverte afin d'observer l'extérieur. J'avais froid, si froid !
Un éclair déchira le ciel. Un coup de tonnerre s'en suivit mais je ne l'entendis presque pas tant mon c½ur battait fort.
 
Soudain ma peur se transforma en colère. Une colère sourde, puissante, à peine contrôlable. Je me suis saisie du poison que ma confidente m'avait acheté (et que je prenais soin de cacher dans ma cassette). Je me suis mise à courir comme une furie dans les couloirs du château. Je n'en pouvais plus d'attendre. Moi ! Moi ! La Grande Athénaïs de Montespan ! Moi ! Noble parmi les nobles ! Moi qui mérite le roi ! Je vais enfin devenir reine ! Et même plus encore ! J'imaginais déjà le monde à mes pieds, terre brulant dans un horrible, fantastique et extraordinaire bucher ! Un bûcher éclairant de ses flammes le monde entier ! Et j'en serai la reine ! Louis XIV n'est même plus digne de moi ! Il me faut le Maitre ! Le Maitre absolu ! Celui qui détruira la Terre !
J'étais enfin arrivée dans la chambre de Marie-Thérèse. Elle était là, allongée, devant moi, à ma merci, sa bouche entrouverte laissant voir ses dents gâtées. Je sortis mon flacon de poison avec délectation quand j'entendis : « Que faites-vous là madame ? ». Je tressaillis. Je n'avais pas vu le roi. Il était allongé près de son épouse. Je m'approchais, m'inclinais maladroitement, horriblement gênée qu'il me voit aussi négligée. Je bafouillais une explication minable que le roi n'écouta même pas car il avait les yeux rivés sur le petit flacon de poison que je tenais encore entre les mains et que j'avais, bien entendu, oublié de cacher. Sans plus de cérémonies, il me le prit des mains et le respira. Je retenais mon souffle, priant pour qu'il ne reconnaisse pas le breuvage. Mais je ne fus pas exaucée cette fois. Lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait de poison, il n'hésita pas une seconde à appeler les gardes qui me mirent au secret.**
 
 
4 Septembre 1679
 
Par peur du scandale, les gardes témoins ont dû promettre le silence sur toute l'affaire. Le roi se détacha de moi. Il déclara que j'étais souffrante et fatiguée de vivre à la cour et que je devais donc me retirer dans un couvent. Ceux qui me connaissaient savaient que ce ne pouvait être la vérité mais la parole de Sa Majesté ne se contredit pas. Le roi ajouta, devant moi seule, le jour de mon départ : « Afin que Dieu lave vos Péchés et purifie votre âme ».  
 
 
*Occupées : Demoiselles de compagnie ayant le rôle particulier de ne pas dormir de la nuit pour surveiller le sommeil de Mme la Marquise de Montespan et veiller à changer les chandelles régulièrement de sorte à ce que la chambre reste illuminée (Mme la Marquise ayant très peur du noir).
 
**Prison où le roi enferme les sujets susceptibles de provoquer des scandales et dont les français ne doivent à aucun prix entendre parler. Mme de Montespan étant très haut placée dans la noblesse et favorite royale de surcroit, il était impensable de la mettre dans une prison classique.
 
 
L'histoire est mienne mais la totalité du contexte (personnages, dynasties, relations, années...) dans laquelle elle est ancrée est véridique d'un point de vue historique. Le langage a été travaillé pour être le plus d'époque possible. N'hésitez pas à demander si vous ne comprenez pas la signification d'un mot.  
 
Petit point historique :
Mme de Montespan a effectivement été favorite royale de Louis XIV pendant près de 12 ans et est tombée en disgrâce dans les alentours de l680, accusée, dans le cadre de la grande Affaire des Poisons qui secoua le règne de Louis XIV, d'avoir tenté de tuer une nouvelle demoiselle (Mademoiselle de Fontange) que le roi commençait à regarder de trop près. Il semble être de notoriété commune que Mme de Montespan a véritablement utilisée nombre de substances achetées chez des « sorcières » et notamment chez La Voisin mais son véritable rôle dans l'Affaire des Poisons reste un mystère notamment parce que Louis XIV s'est arrangé pour détruire toutes les preuves la compromettant et qui seraient susceptibles de faire scandale. Mademoiselle de Fontange a récemment été autopsiée mais aucune trace de Poison n'a été retrouvée. Mme de Montespan a cependant visiblement été suffisamment impliquée pour que le roi rompe avec elle et l'éloigne de la Cour (où elle se renferme dans une vie de prière bien  qu'elle n'aille dans aucun couvent). Sa confidente, Claude des ¼illets, a payé pour la marquise de Montespan en étant enfermée en prison jusqu'à la fin de ses jours pour avoir acheté les poisons qu'utilisait notre chère Marquise.
L'histoire est en vérité plus complexe (et plus passionnante) mais je ne la détaillerais pas. D'une part parce que le mystère de cette Affaire des Poisons reste entier, d'autres part parce que je ne la maîtrise pas et enfin parce que je ne veux pas vous ennuyer. 

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