Le Rien

 


« Ce n'est rien ! » Combien de fois l'avez – vous entendu ? Combien de fois vous l'a-t-on dit ? Et pourtant, être rien, voilà qui n'est pas rien. L'univers est constitué de vide, de rien. Le monde, la matière, nous tous sommes constitués de milliards de milliards de milliards de milliards d'atomes qui ne sont rien d'autres que du vide et du vide dans un noyau, des riens.
 
Seulement, le plus souvent, vous ne pouvez même pas en vouloir à celui qui vous l'a répliqué négligemment, en coup de vent, pour se débarrasser de vos problèmes encombrants, dénigrant au passage l'essence même de leur existence. Vous ne pouvez pas lui en vouloir parce que vous savez qu'il le dit pour vous rassurer, pour vous aider à rationaliser, pour que vous y voyiez plus clair dans vos priorités. Et on peut le comprendre ! Que sont vos émotions quand certains meurent de faim ou de soif ? Que sont vos sentiments quand la guerre fait rage à l'autre bout du monde? Que sont vos état-d'âmes quand notre planète est peut-être arrivée à la fin de sa vie ? Alors oui, on dit que ce n'est rien. Et on a raison de le dire pour, au moins, essayer de s'en convaincre. Et pourtant...
 
Et pourtant vous êtes bouleversés. Dévastés. Emu, pour si peu de choses... L'homme est bien faible. Bien misérable. Nous bombons le torse. Nous jouons des coudes. Nous nous croyons forts. Nous jugeons. Nous nous transformons en donneurs de leçons. Nous sommes invincibles. Indétrônables. Inatteignables. Et un instant plus tard... Plus rien. Tout peut être balayé plus rapidement que l'apparition d'un éclair, plus violemment qu'une bourrasque de vent en pleine tempête, plus soudainement que le cheval au galop de la marée montante. Parce qu'il vous suffit d'un rien pour vous effondrer. Vous qui étiez au sommet de votre gloire. Vous n'êtes plus que ruines. Détruits. Autrefois fières flammes, vous n'êtes plus qu'allumettes brisées.
 
Comment ? Personne ne le sait vraiment. Pourquoi?  Presque sans raison. Il en faut si peu ! Un mot. Un regard. Un visage. Un objet. Un lieu. Un souvenir. Une image. Un son... Un rien. Et en une fraction de seconde, vous basculez. De la joie au désespoir. De la nostalgie à la mélancolie. De l'enthousiasme à la folie. Tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez, tout ce qui vous rendait heureux l'instant d'avant, a disparu. Vous êtes tombé dans un abîme. Une fosse de dévastation. Et pendant des heures, des jours, des mois, des années, vous restez là, au sol, dans le noir, vaincu.
 
Néanmoins, rien n'est finit, rien n'est perdu. Rien n'est perdu car il ne nous reste plus rien. Rien n'est plus à perdre. Et c'est ce rien là, cette inexistence par nature, qui nous tirera plus loin.  Un pouvoir plus fort que la douleur ! Plus fort que la souffrance ! Plus fort que la détresse ! Ce rien passe au-delà de la conscience et au-delà de la raison. Ce rien ne nous demande pas notre avis pour nous relancer dans la bataille, nous réexpédier dans l'aventure. Il nous exhorte à nous lever sans but, sans foi, sans objectif et nous refait grimper la falaise du haut de laquelle nous sommes tombés. Pas après pas. Prise après prise. Pierre après pierre. Sa voix est dure et sévère, son exigence élevée et son attente extrême car le vide qui le constitue reste à combler. Mais pourtant il nous oblige. Car à lui seul, il détient tous les espoirs auxquels nous n'osions même plus croire.
Certains mettent des années à se reconstruire. Cependant, tout peut aller bien plus vite. Comme le destin est railleur ! Car si des petits riens nous font plonger, si le rien abyssal nous retient d'abandonner, d'autres infimes riens peuvent nous sauver : un sourire, une étreinte, une parole, un espoir, un rêve. Un rien, finalement, nous ramène le soleil, la bienveillance, la force et le courage d'affronter notre plus beau et plus terrible adversaire, notre plus absente source d'existence : l'éprouvante vie.  
 
Alors, ce n'est « rien », n'est-ce pas ? Mais ce « rien », c'est tout ! Parce que tout ne tient qu'à un rien. Un rien négligeable que l'on pense sans conséquence mais à un rien tout de même. Aucun de nos actes, aucune de nos paroles, aucune de nos pensées, rien – tel l'univers rempli de vide ou la matière qui en est constituée – peut n'être rien. Aussi, naturellement, si facilement, sans façon, tout bonnement et simplement, on peut dire (presque) sommairement que rien n'est rien.
 
 

Tags : Le rien - OS

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Comments :

  • Nicori

    13/06/2017

    ktn-love wrote: "Bah y a du y avoir une reforme entre temps ;)"

    Sûrement. :)

  • ktn-love

    13/06/2017

    Bah y a du y avoir une reforme entre temps ;)

  • Nicori

    13/06/2017

    ktn-love wrote: "Quel age ? XDD"

    Bientôt 20 x)

  • ktn-love

    13/06/2017

    Quel age ? XDD

  • Nicori

    13/06/2017

    ktn-love wrote: "Non non en S :3 ca a du changer ^^"

    Je suis déjà si vieille? 😰

  • ktn-love

    13/06/2017

    Non non en S :3 ca a du changer ^^

  • Nicori

    13/06/2017

    ktn-love wrote: "J'y ai un peu reflechit, je peux le caser assez facilement dans le desir ;) suffit qu'on tombe dessus XD"

    T'es en L? Parce que j'avais pas de désir au programme moi en philo. Du coup je peux pas t'aider sur ce coup là...

  • ktn-love

    13/06/2017

    J'y ai un peu reflechit, je peux le caser assez facilement dans le desir ;) suffit qu'on tombe dessus XD

  • Nicori

    13/06/2017

    ktn-love wrote: "Mais naaan xDD jte dirais mon dvp si jamais j'arrive a le caser xDD"

    Dac ça marche. ;)

  • ktn-love

    13/06/2017

    Mais naaan xDD jte dirais mon dvp si jamais j'arrive a le caser xDD

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