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Une vie au passé 23/03/2017

Une vie au passé

Le vent s'était levé. Kyoya frissonna. Il avait de plus en plus froid. Mais il n'aurait été se mettre au chaud pour rien au monde. Il ne voulait pas bouger. Pas même de quelques mètres. Il était allongé au bord de la rivière de BeyCity, les bras en croix dans la pelouse. Ses cheveux et ses vêtements voletaient au vent tandis que ses yeux fixaient intensément le bleu sombre que les nuages donnaient au ciel de cette nuit.
Cela ferait 10 ans demain. 10 ans que sa vie avait basculé. Il avait 25 ans à présent. Mais il ne pouvait pas oublier. Fermant les yeux un instant, il revit une énième fois ces derniers instants. Ces terribles instants. Ceux qui le hantaient chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde... Ceux qui ne le laissaient jamais en paix.

Après avoir vaincu Némésis, ils étaient rentrés chez Madoka. Elle leur avait proposé à tous de dormir chez elle. Bien sûr, c'était beaucoup trop petit pour qu'ils puissent tous y dormir. Aussi, les bladers légendaires qui n'étaient pas des amis directs de Madoka avaient déclinés l'invitation. Lui aussi. Il ne supportait pas de dormir aussi proche des autres. Avoir sauvé le monde ensemble, ça rapproche, mais pas à ce point ! Il avait été dormir sur le toit du bâtiment, à la belle étoile. C'était une nuit calme. Il était terriblement fatigué. Aussi s'endormi-t-il aussitôt.
Lorsqu'il s'éveilla le lendemain, la matinée semblait déjà bien entamée vu la hauteur du soleil. Il descendit du toit par l'escalier de service dans l'intention de piquer un truc à gringotter chez Madoka avant de partir s'entraîner. Il fallait à tout prix qu'il progresse vu la force que Gingka avait eu face à Némésis la veille.
Mais lorsqu'il pénétra dans l'appartement, il fut surpris de constater que la petite bande, la plupart du temps exagérément joyeuse, pleurait à chaudes larmes dans le salon.
_Ben qu'est-ce qu'il y a ? , avait demandé Kyoya.
Personne ne lui répondit. Pas même Benkei. Ça inquiéta Kyoya. En général, Benkei lui sautait au cou dès qu'il le voyait. Et même s'il ne le faisait pas, il ne l'ignorerait jamais.
_Hé ho ! Je vous parle !, fit-il agacé.
_C'est... Gingka..., sanglota Kenta.
_Et bien quoi Gingka ?, s'énerva Kyoya. Et puis où il est d'abord ? , demanda Kyoya remarquant soudain l'absence du roux.
_A la morgue.
Le ton était ferme. Les pleurs redoublèrent. C'était Tsubassa qui avait parlé. Lui, il ne pleurait pas. Il regardait par la fenêtre le regard vide. Kyoya se tourna vers lui, incertain. Avait-il vraiment dit ce qu'il avait cru entendre ?
_Qu'est-ce que tu dis ?
Tsubassa se tourna vers lui. S'il ne pleurait pas, il n'en avait pas moins les yeux rougis, signes de larmes récentes.
_Nous n'avons pas pu réveiller Gingka ce matin, expliqua Tsubassa. Alors on a appelé les urgences. Quand le médecin est arrivé, il a dit que c'était trop tard. Gingka a fait un AVC cette nuit et il est mort. Il n'y avait plus rien à faire. Ils l'ont envoyé à la morgue il y a environ une heure.
Il avait dit tout ça calmement mais on sentait à sa voix tremblante que ça lui coûtait de revivre ces événements.
Kyoya, quant à lui, s'était figé. Au fur et à mesure que Tsubassa parlait, il avait senti son c½ur se serrer à lui en faire mal. Il eut un vertige et fut contraint de s'assoir à terre. Il essayait désespérément de remettre de l'ordre dans ses idées. De rationnaliser ce qu'il venait d'entendre. Mais... Mais... Non ! C'était impossible ! Gingka venait de sauver le monde ! Il venait de se sortir du plus grand péril possible et il mourrait comme ça ? C'était complètement fou ! Complètement stupide ! Complètement injuste ! Impossible à croire. Et pourtant, Tsubassa lui avait dit la vérité. Il en était certain.
Soudain pris d'étouffement, il sortit de cette chambre de pleurs. Il sortit le plus vite qu'il pût et partit à toutes jambes. Courant le plus vite qu'il pouvait. Vers où ? Aucune importance. Pourquoi ? Aucune idée. Que cherchait-il à fuir ? Que cherchait-il à rattraper ? Il ne le saurait probablement jamais.

Kyoya rouvrit les yeux. Le ciel semblait se dégager. Il frissonna à nouveau. Mais il ne voulait toujours pas bouger. C'était ici, dans cette pelouse, à cet endroit précis où Gingka adorait venir se réfugier que Kyoya se sentait le plus proche de lui. Il ne voulait rompre cette connexion pour rien au monde. C'était stupide. Il le savait. La connexion était rompue depuis longtemps. Depuis 10 ans maintenant. Depuis ce jour maudit. Pourtant il ne voulait pas la lâcher. Il n'avait toujours pas accepté cette mort insensée. Il n'avait toujours pas fait son deuil.
Autour de lui, chacun avait repris sa vie en main. Ils pensaient tous encore à Gingka mais vivaient de nouveau. Tsubassa assisté de Madoka et d'Hikaru avait pris la tête de la filiale japonaise de l'AMBB. Kenta et Benkei avait ouverts leur propre gymnase d'entraînement au beyblade. Massamuné avait fait de même aux USA avec ses amis de là-bas. Même Yu s'était trouvé une activité : il avait remplacé Tsubassa à la tête de la brigade d'espionnage de l'AMBB. Seul lui n'avait rien changé. Enfin, rien, c'était beaucoup dire.
Après l'enterrement de Gingka, Ryo avait organisé une nouvelle ultime bataille en l'honneur de son fils décédé. Ils avait tous participés bien sûr. Mais l'absence de Gingka, et même de Ryuga, s'étaient faites sentir. Même le public avait regretté que les combats ne soient pas plus passionnants comme dans la première ultime bataille. Il faut dire qu'aucun combattant n'avait vraiment le c½ur à la fête. Mais ils avaient tous fait un effort en l'honneur de Gingka. C'est Kyoya qui avait remporté le tournoi. Tout le monde l'avait félicité. « Veuillez applaudir le nouveau meilleur blader du Japon ! » avait dit Ryo en lui remettant son prix les yeux humides. « Tu l'as amplement mérité » avait dit Tsubassa. « Je savais que t'y arriverais Kyoya, mon pote ! » avait dit Benkei. « Je suis sûre que Gingka est heureux que ça se passe comme ça » avait dit Madoka. Kyoya avait acquiescé sans répondre. Cette victoire lui avait laissé un goût amer. Il ne s'était pas amusé. Pas une seule fois. Il avait vaincu tout le monde mécaniquement. Les combats contre Gingka lui manquaient terriblement. En plus, il avait l'impression d'avoir quelque chose qu'il ne méritait pas. Cette première place, ce n'était pas la sienne. Bien sûr, il en avait rêvé ! Mais en ayant vaincu Gingka ! Pas comme ça... Il en était éc½uré. Il ne méritait pas cette première place. C'était (et ce serait toujours ?) Gingka le meilleur.



Par la suite, il arrêta toutes les compétitions. Il refusa même d'entrer dans une quelconque équipe à la réédition des championnats du monde. Que ce soit dans la Gan Gan Galaxy ou dans la Wild Fang. C'était encore l'équipe du Japon qui avait gagné, menée par Tsubassa, Yu et Kenta. Benkei, lui, était devenu membre titulaire de la Wild Fang à la place de Kyoya. 
Mais Kyoya n'avait pas arrêté le beyblade. Loin de là. Le beyblade était une des choses qui le rapprochait de Gingka dans son c½ur. En réalité, il continuait à s'entraîner comme un fou dans un but inutile. Cela faisait 10 ans qu'il trompait sa tristesse en s'entraînant le plus dur qu'il le pouvait, se persuadant que lorsqu'il serait prêt, il combattrait à nouveau Gingka. C'était inutile. Il le savait. Voilà 10 ans qu'il vivait dans le déni. Mais il ne pouvait pas faire autrement. Tous avaient repris leur vie. La sienne était sur pause. Comme si rien (et c'était le cas) ne s'était passé depuis la mort de Gingka.

Kyoya grelottait à présent. Mais il ne bougea pas d'un millimètre. Il avait enfin devant les yeux ce qu'il attendait : la constellation de Pegasus. Brillante et scintillante. « Comme Gingka », se dit Kyoya. Il resta encore quelques instants à contempler le ciel étoilé.
Une étoile filante fendit le ciel. Kyoya s'empressa de penser son v½u : « je voudrais revoir Gingka ». Comme il s'y attendait, rien ne se passa. Ces contes de bonnes femmes et autres bondieuseries, il n'y croyait pas.

Il resta toute la nuit ainsi, à contempler les étoiles, à penser à Gingka. A ce qu'ils avaient fait. A ce qu'ils auraient pu faire. A ce qu'il avait fait. A ce qu'il aurait dû faire.

Le lendemain, il se leva à la première heure pour rejoindre le cimetière où était enterré Gingka comme à chacun de ses anniversaires de mort. Il voulait arriver tôt pour ne croiser personne.

Lorsqu'il arriva devant la petite tombe en marbre blanc, il eut la surprise de voir une toupie qui tournait. Et pas n'importe laquelle ! Kyoya la reconnaîtrait entre mille ! C'était Storm Pegasus, la première toupie de Gingka, celle qui était censée être morte pendant la bataille contre Ryuga. Et pourtant elle était là.
Sans réfléchir, Kyoya lança Léone à sa rencontre. Pégasus tourna plus vite. Un halo de lumière bleue l'entoura. Il accéléra encore et encore jusqu'à ce qu'un cheval ailé de vapeur et de poussière d'étoile scintillantes s'en échappe monté par... Gingka ?!
_Oui c'est moi, fit Gingka avec un grand sourire. Je t'ai manqué ?
Kyoya, trop ébahit par cette vision, ne répondit pas.
_En tout cas toi, tu me manques continua-t-il. Ryuga commence à me taper sur le système.
Kyoya n'en revenait pas.
_Ecoute Kyoya, je n'ai pas beaucoup de temps. Je voulais juste te confier une mission si tu l'acceptes. Hyoma s'est marié il y a quelques temps et Koma est sans protection. De plus, Pégasus s'est totalement remis. Kyoya, je veux que tu ramènes Pégasus à Koma et que tu refasses d'elle la toupie légendaire et je veux que tu protèges le village. Hyoma te dira comment faire. C'est d'accord Kyoya ?
_Heu... oui... Mais...
_C'est bien. Sourit-il. Adieu Kyoya.
Il commençait à disparaître.
_Non ! Gingka attend !
_Je compte sur toi Kyoya !, fit la voix de Gingka qui ressemblait à présent à un lointain écho.
Pégasus ralentit jusqu'à s'arrêter de tourner. Kyoya le ramassa avec précaution et, semblant parler à la toupie, il murmura: « Tu peux compter sur moi, Gingka ».


Le texte est mien. Merci de ne pas vous l'approprier.
L'image est mienne. Merci de ne pas la copier.

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Histoire de Famille - Chapitre 1: L'anniversaire 06/05/2017



Les rues de BeyCity étaient constamment animées. Les enfants courraient, jouaient et chahutaient. Leurs rires s'élevaient par moment dans la rue. Les adultes pressaient le pas pour se rendre au travail ou pour rentrer chez eux. La plupart d'entre eux avaient un téléphone à l'oreille on des écouteurs et semblaient perdus dans une longue et passionnante discussion. Les multiples bavardages se mêlaient et s'entremêlaient dans l'air dans un brouhaha cacophonique.  Le trafic était dense : les voitures se croisaient, ralentissaient et accéléraient dans un joyeux ballet. Quelques klaxons se joignaient parfois au grondement des moteurs et aux voix des passants.
Pourtant, dans tout ce bruit, des voix se faisaient plus souvent entendre que d'autres : c'étaient celles d'un groupe de jeunes adolescents. Et pas n'importe quel groupe ! Un groupe de bladers qui faisait à lui seul la fierté et la renommée de la ville dans tout le pays. Pour avoir sauvé le monde à plusieurs reprises, le plus connu d'entre eux était bien sûr Gingka. Il était aussi le plus bavard du groupe. Il ne cessait de s'exclamer avec enthousiasme pour tout ce qu'on lui disait ou ce qu'il voyait. Il se chamaillait aussi régulièrement avec Massamuné, l'un de ses amis qui ne lésinait pas non-plus sur ses cordes vocales. Les plus proches amis de Gingka (Madoka et Kenta) les suivaient en riant, habitué à des attitudes de la sorte de leur part. Tsubassa, le plus âgé du groupe, marchait un peu à l'écart à la droite de Madoka. Même s'il ne disait rien, il souriait de l'attitude de Massamuné et de Gingka si ordinaire dans leur quotidien. Un peu en retrait du groupe, on reconnaissait Kyoya suivit de près par Nile et Benkei. Eux, ils ne parlaient pas. Kyoya avait la mine sévère. Nile avait le regard fermé. Seul Benkei affichait une mine joyeuse. Autour du groupe, d'avant en arrière, lançant des commentaires à tout vent, Yu courrait avec enthousiasme.
 


Alors que les chamailleries de Gingka et de Massamuné s'intensifiaient, Kyoya grogna :
- Pfff... Mais qu'est-ce que je fiche ici avec cette bande d'abrutis... 
- Tu sais très bien pourquoi tu es là, le coupa Nile.
 
Kyoya lui jeta un rapide coup d'½il agacé mais Nile ne semblait pas s'en soucier. Il reprit d'ailleurs quelques secondes plus tard :
-Tu es venu parce qu'on a une revanche à prendre en combat en équipe contre Massamuné et Gingka. Ne me dis pas que tu as oublié !
- Bien sûr que non ! , répliqua Kyoya avec un air de défi, Mais on est obligé d'aller à cette fichue fête pour ça ?
-Mais Kyoya, mon pote c'est l'anniversaire de Kenta !, intervient Benkei.
- Je ne vois pas en quoi ça me concerne. , répliqua Kyoya.
Personne ne répondit rien car, malgré ce qu'il venait de dire, tout le monde savait que Kyoya irait quand même à cet anniversaire. Certes, il avait fallu que Benkei insiste at que Nile fasse pression sur lui avec cette histoire de revanche mais Kyoya avait fini par donner sa parole à Kenta sur sa présence. Et il tenait toujours ses promesses.
 
Un peu plus loin, Kenta les fit monter au 4ème étage d'un immeuble où il habitait avec ses parents qui n'étaient pas là pour l'instant.  A peine furent-ils entré que Kyoya réclama sa revanche sur Massamuné et Gingka avec Nile en se disant que plus vite il en aurait fini avec cette bataille, plus vite il pourrait partir de cette fête. Et puis, il avait bien envie de la prendre, cette revanche. Massamuné et Gingka partirent au quart de tour et sortirent leur lanceur. Mais Kenta savaient que s'ils commençaient à jouer au Beyblade, ils ne s'arrêteraient plus jusqu'au soir et son anniversaire passerait à la trappe. Alors il leur proposa de manger d'abord le gâteau. L'appétit de Gingka, Massamuné et Yu s'est immédiatement éveillé à la pensée du gâteau d'anniversaire. Kyoya dû donc se résigner à attendre la fin du goûter.
 
Ils s'assirent tous autour de la table de la salle à manger tandis que Kenta ramenait son propre gâteau de la cuisine. Les membres du groupe (sauf Kyoya) lui chantèrent les chants d'usage et il souffla ses bougies. Autour de la table, les conversations allaient bon train dans une drôle de cacophonie. Seul Kyoya n'y participait pas, comme à son habitude. Il gardait les bras croisé sur la poitrine et les yeux clos. Quelque fois, il relevait la tête vers l'objet de ses principales préoccupations : Gingka. Car, oui, si Kyoya avait mis plusieurs années à le comprendre et à l'admettre, il n'avait aujourd'hui plus aucun doute : il était amoureux de Gingka. Cependant, il n'était toujours pas prêt à le dire et encore moins à subir la réaction de Gingka sans parler de sa fierté de lion blessé ! Car comment pourrait-il rester crédible dans son image de lion solitaire s'il était en couple ? Non, vraiment et décidément non, il ne voulait pas que ça arrive. Et pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher ! Il ne pouvait pas s'empêcher de le trouver beau avec ses beaux yeux noisette et sa belle tignasse rousse. Il ne pouvait pas s'empêcher de le trouver adorable avec sa bonne humeur innocente qu'il lui enviait tellement. Il ne pouvait pas s'empêcher de sentir des frissons parcourir tout son corps au son de sa voix. Il ne pouvait pas empêcher son c½ur de faire un saut périlleux à chaque fois qu'il croisait son regard. C'était comme ça. Il s'en accommodait depuis déjà quelques temps et, même si ses symptômes ne semblaient pas aller en s'arrangeant, il comptait encore s'en accommoder longtemps. Bien sûr, il lui arrivait de faire des rêves fous et insensés, endormi ou éveillé, dans lesquels il lui prenait la main et où le regard que Gingka lui rendait voulait tout dire sans qu'il n'y eu besoin de prononcer un seul mot. Mais voilà, c'était des rêves ! Dans la vraie vie, ça ne marchait pas comme ça !


Il fut coupé dans ses réflexions mélancoliques par des bruit de pas et de claquement de porte suivit d'un « Kenta, mon c½ur, on est rentré ! » lancé depuis l'entrée.
-D'accord ! , répondit Kenta. Je suis dans la salle à manger maman !
 
Quand les parents de Kenta entrèrent dans la pièce, ils souhaitèrent un bon anniversaire à leur fils et tout le monde les salua poliment. Tout le monde ? Non : Gingka et Kyoya s'étaient figés sur leur siège ne pouvant croire à ce qu'ils voyaient. 
 
 

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Histoire de Famille - Chapitre 2: La reconnaissance 06/05/2017














Kyoya fixait le père de Kenta. Il ne pouvait pas croire ce qu'il voyait. Ce ne pouvait pas être... LUI ! C'était impossible ! La coïncidence était trop grande ! Pourtant, comment pouvait-il ne pas reconnaitre cet homme qui lui ressemblait tellement avec ses cheveux verts grisonnants par endroit et ses yeux bleus ? Kyoya aurait voulu se raisonner. Il aurait voulu ne pas le croire. Il aurait voulu trouver une explication rationnelle et logique à cette ressemblance et à sa présence. Mais cela n'aurait servi à rien. Car il l'avait reconnu. Dès la première seconde et malgré toutes ses années. Il avait reconnu son père en le père de Kenta. Comment était-il ici ? Pourquoi ? Comment avait-il osé se refaire une vie et être heureux après les avoir lâchement abandonné lui et sa mère alors qu'il n'était qu'un enfant ? Les questions se bousculaient dans sa tête sans qu'aucune ne prennent suffisamment la priorité pour qu'il la prononçât.
 
Kyoya ne savait pas vraiment combien de temps il était resté dans ses réflexions. Personne ne semblait prêter attention à lui quand il sortit de ses pensées. Un silence pesant était tombé dans la pièce et toute la bande avait les yeux rivés sur Gingka. Kyoya l'observa à son tour et s'aperçu avec un pincement au c½ur que Gingka pleurait en regardant quelque chose derrière Kenta. Kyoya suivit son regard et tomba sur la mère de Kenta. Une femme aux cheveux auburn et aux yeux noisette. Gingka et elle semblaient échanger un regard très profond. Le genre de regard qui pourrait remplacer des conversations entières. Elle le regardait avec un air désolé tandis que les larmes coulaient de plus en plus vites sur les joues de Gingka.
 
La surprise de la situation passée, Kyoya commençait à bouillir. Contre le père de Kenta qu'il avait reconnu comme le sien et contre la mère de Kenta qui était capable par sa seule présence de faire pleurer Gingka dont la gaité intarissable ne le quittait jamais d'ordinaire. Il allait se lever et demander des explications à son père avec colère mais il fut devancé par la voix tremblante de Gingka. Une voix que Kyoya ne lui avait jamais entendue et qu'il aurait souhaité ne jamais entendre. Une voix pleine de colère et de tristesse. Une voix qui trahissait une immense peine. Kyoya en avait le c½ur serré. Il ne supportait pas de voir Gingka dans cet état de tristesse, lui qui était toujours joyeux et optimiste. Ce que Gingka disait était inaudible mais ne semblait pas l'apaiser. Au contraire ! Les larmes coulaient de plus belle sur ses joues. Puis soudainement il se leva de sa chaise et partit en courant de la maison en claquant la porte derrière lui.
 
Instinctivement Kyoya se leva pour le suivre. Dans une autre situation, il ne se serait pas inquiété outre mesure. Gingka avait déjà eu des coup de blues et il était très fort malgré son apparence de jeune garçon naïf. Mais, en l'occurrence, Kyoya s'inquiéta de l'attitude de Gingka qui n'était pas habituelle car il s'était mis à pleurer à priori pour rien juste en regardant cette femme. Il marcha d'un pas ferme et rapide pour traverser le salon. Les yeux clos et la tête haute pour rester fier et digne et pour ne pas montrer à quiconque le trouble qui l'envahissait. Lorsqu'il arriva à la hauteur du père de Kenta (il avait vraiment du mal à l'appeler son père), il s'arrêta, hésitant. Que devait-il faire ? Dire quelque chose ? L'ignorer ? Finalement, Kyoya opta pour un violent coup de poing dans son ventre sans prendre en compte les cris de protestation du petit groupe d'amis toujours assis autour de la table qui regardait la scène avec des yeux ronds. Kyoya sortit ensuite rapidement. Il sentait la colère monter en lui, la fureur battre ses tempes, la rage envahir son esprit. Il avait envie de cogner, de frapper, de tout casser ! Il serra les poings et les dents et se forçat à ne pas laisser éclater sa colère en pleine rue. Il devait aller se défouler quelque part. L'endroit qui lui vient en premier à l'esprit était l'entrepôt où il vivait autrefois en tant que chef des Chasseurs de tête. Il ne perdit pas une seconde et accéléra son rythme de marche. Il traversa les rues animée en sens inverse contourna la circulation et s'apprêta à traverser le pont qui reliait les deux rives de BeyCity que la rivière séparait. Mais quelque chose l'en empêcha : il avait aperçu une touffe de cheveux roux dans l'herbe. « Bien sûr ! », se dit-il. « Gingka venait toujours ici quand ça n'allait pas. »  Kyoya hésita un instant. Devait-il aller le rejoindre pour tenter de comprendre ce qu'il s'était passé chez Kenta ? Devait-il le laisser tranquille et simplement rejoindre son entrepôt pour s'y défouler ? Cependant, il s'aperçut que son envie de se battre avait disparu. Il se sentait seulement las et mélancolique à présent. Alors il décida de s'approcher de Gingka. Ce dernier remarqua que Kyoya venait vers lui car il le regardait avec un air interrogateur mais Kyoya n'y prêta pas attention et se contenta de s'assoir à côté de Gingka sans dire un mot et laissant ses yeux se perdre dans le lointain.
 
Ils restèrent un moment comme ça avant que Gingka ne rompe le silence :
-C'était ma mère, dit-il à mi-voix.
Kyoya tourna sa tête vers lui en haussant un sourcil.
-Cette femme, s'expliqua Gingka, la mère de Kenta. C'est ma mère.
Kyoya était surprit et se rendit compte qu'il savait finalement très peu de chose sur la vie qu'avait eu Gingka avant de venir à BeyCity.
-Tu ne nous avais jamais parlé de ta mère. , dit Kyoya à mi-voix.
-Parce qu'elle n'a jamais vraiment fait partie de ma vie. Enfin si, à une époque, mais ça remonte à loin. J'avais 6 ans quand elle a disparu. Mon père m'a seulement dit qu'elle était partie. J'ai pleuré pendant longtemps après ça. Mais je l'avais toujours, lui. Et le beyblade. Et Hyoma. Alors je me suis fait une raison et j'ai continué. Mais la voir comme ça, maintenant, et heureuse alors qu'elle m'a abandonné. C'est... je...
Il recommençait à pleurer.
Kyoya était très touché par l'aveu que venait de lui faire Gingka sur son enfance. Il était persuadé qu'il n'en avait parlé à personne d'autre. Ainsi donc, Gingka aussi a été abandonné par l'un de ses parents ? Pour l'avoir vécu, il pouvait imaginer ce que Gingka était en train de ressentir. Alors il posa sa main sur l'épaule de ce dernier. Gingka leva ses yeux brillants de larmes vers lui avec étonnement. Ce n'était pas tous les jours que Kyoya réconfortait quelqu'un ou qu'il se montrait affectueux... Kyoya ne cilla pas et ne détourna pas le regard. Il était en train de lui envoyer tacitement toute la force qu'il le pouvait à travers son regard. Il ne savait pas si Gingka l'avait compris mais quelques instants plus tard il s'essuya les yeux d'un revers de manche et lui adressa un petit sourire un peu triste. Kyoya préférait ça. Il retira sa main de l'épaule de Gingka. Il ne voulait pas se montrer trop intrusif. Lorsque Gingka eut terminé de se calmer, il demanda à Kyoya : « et toi au fait ? Pourquoi tu es parti de la fête ? ».
Kyoya hésita. Il aurait pu ne rien dire, l'envoyer balader ou lui mentir mais Gingka s'était confié à lui. Alors il ne pouvait pas se dérober :
-Le père de Kenta, commença-t-il, ben c'est aussi mon père.
Gingka le regarda avec des yeux ronds.
-Alors, ça veut dire que ? , commença Gingka.
-Mon père est partit quand j'ai eu 10 ans, le coupa Kyoya pour s'expliquer. Il a simplement laissé un mot en disant qu'il ne supportait plus de s'occuper de ma mère. Elle était instable émotionnellement et alcoolique.  C'était toujours mon père qui s'occupait de tout. Apparemment il en a eu marre et il s'est tiré. Ma mère, s'est pendue au plafond de la cuisine quand elle l'a su. C'est moi qui l'ai retrouvé. Mais c'était trop tard. Ensuite je suis partit. J'ai erré un moment dans les rues. Je me suis endurci et je suis devenu le chef des chasseurs de tête.
 
Il avait dit tout ça en regardant dans le vague. Quand il tourna le regard vers Gingka, il vit que celui-ci s'était remis à pleurer.
-Oh non Gingka! S'il te plaît, arrête de pleurer...Ça n'en vaut pas la peine...
-Mais ce que tu as vécu, c'est... tellement horrible. Je... Je ne savais pas que tu avais vécu de telles choses...
-Personne ne le savait.
-Kyoya...
-Quoi ?
-Comment arrives-tu à vivre avec tout ça ?
Kyoya eut un petit rire avant de répondre :
-Toi aussi tu en as bavé je te signale. Je pourrais te poser la même question.
-Moi j'avais mon père, répondit-il.
Kyoya haussa les épaules.
 
Il y eut un silence puis Gingka murmura :
- J'n'arrive pas à y croire. Ma mère et ton père sont les parents de Kenta. Ça veut dire qu'on est ses demi-frères !
Kyoya n'y avait pas pensé mais cette nouvelle le laissa indifférent. Kenta n'était rien pour lui. Il eut un nouveau silence.
 
Le jour touchait à sa fin. Le ciel bleu avait laissé place à une belle couleur orangée qui se reflétait sur la rivière lui donnant un aspect brillant et étrangement apaisant.  Kyoya sentit la main de Gingka se poser sur la sienne. Il se sentit rougir et son c½ur accéléra. Mais il n'aurait retiré sa main pour rien au monde. Le contact de la main de Gingka sur la sienne était si doux, si agréable. Du reste de la soirée, ils ne prononcèrent pas un mot. Quand la nuit fut bien entamée, ils décidèrent de rentrer dormir. Ils se séparèrent rapidement en se souhaitant bonne nuit. 




 

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Histoire de Famille - Chapitre 3: Les explications 06/05/2017

 
 
Histoire de Famille - Chapitre 3: Les explications

 
 
Quand Gingka s'était levé ce matin-là, il s'était dépêché de s'habiller et de rejoindre son père à son bureau de l'AMBB. Quand il rentra dans le bureau, Ryo vit tout de suite que quelque chose n'allait pas avec son fils.
 
-Gingka ? ca ne va pas ? , lui demanda Ryo.
-J'ai été à l'anniversaire de Kenta hier.
Ryo ne voyait pas vraiment la raison de cette tête d'enterrement dans un simple anniversaire...
-Et ?
-Et j'ai vu maman.
Ryo soupira. Il se doutait bien que ce moment arriverait un jour sachant que le meilleur ami de son fil était Kenta.
-Papa, tu me dois des explications. Pourquoi maman est partie ? Et pourquoi le père de Kenta est aussi celui de Kyoya et qu'est-ce que ça veut dire à propos de ma filiation avec Kyoya ?
Même s'il n'en laissait rien paraître, c'était cette dernière question qui tracassait le plus Gingka. En effet, celui-ci s'était aperçu pendant les championnats du monde de beyblade, pendant son combat en duel singulier contre Kyoya, qu'il avait des sentiments pour lui. Des sentiments qui allaient au-delà de la simple amitié. Il n'avait rien dit jusqu'à présent car Kyoya n'était pas vraiment le genre de personne qui s'intéressait à de telles choses. Mais il avait des espoirs pour l'avenir. Cette histoire de famille, en plus de ressasser son passé et d'éveiller une sourde colère envers sa mère lui faisaient entrevoir avec terreur la possibilité qu'un quelconque rapprochement avec Kyoya soit compromis.
Pendant ses réflexions, Ryo s'était levé et approché de la fenêtre de l'immeuble. Il regardait la rue toujours animée et il expliqua :
-Ta mère n'est pas partie. C'est moi qui l'ai chassé. Je l'ai surpris en train de me tromper avec... avec Ignace, mon frère. Par la suite j'ai su qu'elle avait fait sa vie avec lui et qu'elle avait une famille. Je n'ai appris que plus tard que c'était Kenta. Je ne voulais pas te chagriner davantage alors que tu avais enfin réussi à surmonter ton chagrin. Et donc je ne t'ai rien dit.
Gingka ne répondait rien. Trop occupé à absorber les nouvelles informations que lui donnait son père.
-Quand à ta filiation avec Kyoya..., poursuivit Ryo, c'est compliqué.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Kyoya et toi n'avez pas les mêmes parents donc vous n'êtes ni frères ni demi-frères mais vous êtes des cousins extrêmement proches.
-Ah bon ?
- Oui parce qu'en fait, le père de Kyoya, Ignace, est aussi mon frère. Mais je n'ai jamais pu lui pardonner ce qu'il a fait. Il m'a volé Romane. Il m'a volé ta mère. Et il s'est enfui lâchement de sa famille comme un voleur. J'ai appris que la mère de Kyoya s'est suicidée après ça... Je ne sais même pas comment il peut encore se regarder dans un miroir !
-Attend deux minutes... Tu es en train de me dire que Kyoya et moi sommes cousins germains c'est bien ça ?
- En fait vous l'êtes deux fois...
-Comment ça ?, L'esprit de Gingka était déjà bien embrouillé par toutes ces filiations alors il ne tenait pas tant que ça à l'embrouiller encore plus.
- La situation est très compliquée et assez unique. Il se trouve que Romane, ta mère, avait une s½ur qui n'était autre que Blandine, la mère de Kyoya.
- Hein mais... Attend, je ne comprends plus rien ! Comment c'est possible ?
-En fait, Kyoya et toi, même si vous n'avez pas les mêmes parents, vous avez les mêmes 4 grands-parents. Mais d'un point de vu de consanguinité, c'est comme si vous étiez frères.
-Quoi mais qu'est-ce-ce que tu racontes ? C'est quoi cette histoire ?
Cette fois, Gingka commençait vraiment à avoir peur que son pressentiment ne soit fondé. Mais en même temps, toute cette histoire lui paraissait tellement tirée par les cheveux !
- Attend Gingka, je vais essayer de te l'expliquer différemment.
Ryo sortit une feuille de papier de son bureau et commença à dessiner leur arbre généalogique. Quand il eut finit de griffonner, il remit la feuille à Gingka et celui-ci put y lire :

Histoire de Famille - Chapitre 3: Les explications


Gingka lut le papier et son regard s'assombrit. Cette fois, il avait compris.
 
Ryo ajouta, bien que ce fut probablement inutile à présent : « Les médecins ont voulu profiter de cette occasion assez unique pour recueillir des données sur vous. Il en est ressorti que, génétiquement parlant, vous êtes aussi proche que des frères et donc aussi d'un point de vu de la consanguinité. Je suis désolé. » Bien sûr, il avait remarqué depuis longtemps la façon dont Gingka regardait son rival. Il avait espéré que ce ne soit qu'une passade mais à la mine sombre qu'il lui voyait, il comprit que le choc devait être extrêmement difficile à encaisser.
 
-Merci de m'avoir dit tout ça. , fit Gingka d'une voix neutre.
Il froissa l'arbre généalogique et le garda bien serré dans sa main avant de sortir du bâtiment. 
 

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Histoire de Famille - Chapitre 4: La révélation 06/05/2017

Après avoir appris tout ça, Gingka marcha de longues heures dans les rues de BeyCity sans but. Ce qu'il venait d'apprendre lui serrait le c½ur. Il avait encore du mal à y croire. Il devait regarder régulièrement l'arbre que lui avait dessiné son père pour s'assurer qu'il ne devenait pas fou. Il avait cherché une solution mais avait vite compris que ce problème-là était insoluble. Kyoya et lui ne pourraient jamais être ensemble. C'était aussi simple que ça. Simple ? Peut-être. Mais tellement difficile à supporter ! Il en avait mal au c½ur. Il avait envie de pleurer, de hurler. Il en voulait au monde entier ! Et Kyoya... Il devait le lui dire. Kyoya méritait de savoir. Ça lui faisait mal. Lui dire rendrait les choses encore plus réelles. Plus officielles. Il ne le voulait pas. Il ne le pouvait pas. Il n'était pas prêt pour ça. Il retarda ce moment toute la journée en continuant de marcher sans but précis dans toute la ville.
 
C'est finalement Kyoya qui le trouva. En voyant sa mine, il dû comprendre que Gingka n'allait pas mieux. Alors il lui attrapa le bras et l'entraîna dans son coin préféré: la pelouse au bord de la rivière. Il se disait surement que ça apaiserait Gingka, comme la veille. Gingka n'avait pas le c½ur à l'empêcher d'essayer. Il savait que le moment de la révélation approchait. Il voulait encore la retarder au maximum. Ils regardaient le paysage côte à côte depuis de longues minutes mais le visage de Gingka ne s'éclairait pas. Au contraire.
-Qu'est-ce qu'il y a Gingka ? C'est à propos de ta mère ? Tu sais ça ne change rien au final. Tu peux toujours faire comme si tu ne l'avais jamais revu...
-Ce n'est pas ma mère, répondit Gingka.
Il avait haï dire ses mots. Car à présent, la machine était lancée. Kyoya allait insister et il allait devoir tout lui dire. Et évidemment, ça ne rata pas puisque Kyoya lui demanda une seconde plus tard :
-Ben alors c'est quoi le problème ?
Gingka prit une profonde respiration. Courage Gingka , se dit-il. Il faut lui dire.
-J'ai parlé à mon père ce matin. , commença-t-il. Il m'a tout dis sur la façon dont ma mère est partie. Et il m'a parlé aussi de... de toi et de moi.
-C'est-à-dire ?
-Et bien nous sommes de la même famille.
-ça j'avais compris puisque Kenta est notre demi-frère à tout les deux. Répliqua Kyoya.
-Ce n'est pas ce que je veux dire. Tu savais que ta mère et la mienne étaient s½urs ?
-Non. Ça veut dire qu'on est cousin ? Il n'y a pas de quoi en faire un drame !
- Kyoya, on est pas seulement cousin. On est cousin germains deux fois.
-Deux fois ?
Gingka n'eut pas le courage de lui expliquer alors il défroissa le papier qu'il tenait toujours dans sa main et le tendis à Kyoya.
Kyoya le lut. Au début, il fronçait les sourcils semblant avoir quelques difficultés pour comprendre. Puis Gingka vit ses yeux s'agrandirent de compréhension avant que son visage ne s'assombrisse et se ferme totalement.
Kyoya lui rendit le papier froissé, se leva rapidement et fit quelques pas vers la rivière. 




Histoire de Famille - Chapitre 4: La révélation



Il avait le dos tourné à Gingka si bien que celui-ci ne pouvait pas voir l'expression de son rival ni ce qu'il pensait de cette situation. Il n'osait cependant rien dire. Il n'en avait pas le courage. Il ne voulait pas officialiser cette histoire. Encore quelques secondes. Juste quelques secondes ou le doute était encore permis...
 
Depuis combien de temps Kyoya s'était-il levé ? Depuis combien de temps Gingka regardait son dos sans oser faire le moindre geste ou dire le moindre mot ? Quelques secondes ou quelques heures plus tard cependant, Gingka finit par lâcher :
-Je suis désolé Kyoya. Je ne voulais pas y croire non-plus. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça... entre nous...
Même si Gingka ne voyait que le dos de Kyoya, il avait vu celui-ci se raidir quand il avait dit ces derniers mots.
Une voix éteinte lui répondit :
-Moi non plus Gingka. J'avais espéré... J'avais tellement espéré...
 
Ils ne dirent pas les mots qui leurs déchiraient la gorge. A quoi bon à présent puisqu'ils étaient sans espoir ? Mais chacun avait compris. Ils avaient compris tous les deux que leurs sentiments étaient réciproque. Il y a quelques heures encore, ils en auraient bondi de joie. Mais à présent, ils en ressentaient toute la cruauté, toute la souffrance. Une douleur muette, indicible, ineffable. Une morsure dans leur c½ur, un poignard dans leur ventre, une tornade de pensée contradictoire dans leur tête à leur en faire perdre la raison.
Kyoya ne le supportait plus. Il se retourna vers Gingka et le regarda comme si c'était la dernière fois avant de lui dire :
-Il est temps, Gingka, de passer à autre chose.
Chaque syllabe avait été pour lui comme un coup d'épée en pleine poitrine mais il fallait que Gingka continue. Il fallait qu'il aille de l'avant. Car pire que toute la douleur qu'il avait ressenti à cette révélation, il y avait celle de Gingka qui lui était insupportable.
Il vit Gingka hocher lentement la tête avant de lui répondre :
-Mais je ne sais pas si j'y arriverais... sans toi.
Kyoya avait l'impression de se prendre un nouveau coup de poignard dans le c½ur. La tête lui tournait. Mais il ne devait pas flancher. Pas maintenant. Il devait tenir. Pour Gingka qui en avait besoin.
-Tu y arriveras Gingka, répondit-il. Tu es beaucoup plus fort que tu ne le crois.
Il n'avait pas le courage d'en dire plus. Il n'avait pas le courage d'en faire plus. Il tourna les talons et s'éloigna rapidement pour que Gingka ne voie pas les larmes qui commençaient à envahir ses joues. 








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Histoire de Famille - Chapitre 5: L'absence 06/05/2017





Gingka n'a pas revu Kyoya depuis cette dernière discussion au bord de la rivière. D'après ses amis, il serait partit en voyage en Afrique.
 
Ce n'était pas la première fois qu'il partait bien sûr mais la façon dont ils s'étaient quittés lui était terriblement douloureuse car il avait eu l'impression que c'était un adieu de la part de son ancien rival. Toutes ses révélations l'avaient beaucoup déprimé. Il n'arrivait plus à sourire. Il n'arrivait plus à rire malgré tous les efforts de ses amis. Il mangeait et dormait de moins en moins. Il passait le plus clair de son temps à errer dans la ville comme une âme en peine de jour comme de nuit. Enfin, quand il pouvait encore marcher. Parce qu'au bout d'environ 2 mois, Gingka ne tenait plus sur ses jambes à cause de la faiblesse qu'il imposait à son corps par manque de nourriture et de sommeil. Tout le monde avait beau essayer de lui ouvrir la bouche, il refusait catégoriquement. Aucun de ses amis ne savait quoi faire.
 
 
                                                                                                ***
 
 
Quelque part en Afrique, Kyoya marchait dans le désert sous le soleil tapant. Il suait à grosses gouttes mais continuait de marcher. Ses pieds, ses jambes, son dos, tout son corps lui faisait mal de vivre à ce rythme infernal depuis environ 3 mois. Mais il continuait. La douleur physique détournait son esprit d'une souffrance bien plus grande, une souffrance morale qui ne le lâchait pas depuis près de 3 mois. Il n'avait aucun autre moyen de la soulager un peu. Gingka lui manquait terriblement et se dire que jamais, jamais ils ne pourraient se retrouver comme il l'avait toujours rêvé lui retirait tout espoir. Il ne savait même plus pourquoi il continuait de marcher, pourquoi il continuait à vivre...  Pourquoi ne s'asseyait-il pas là tout simplement dans ce sable en attendant que la chaleur, la soif et la faim l'emporte ? Non, il ne le ferait pas. Ce n'était pas dans son caractère. Son instinct de survie le guidait, le forçait à continuer, à faire un pas devant l'autre, inlassablement.
 



Il arriva bientôt aux abords d'une ville qu'il reconnut comme étant celle où il savait que Nile vivait. Il décida d'aller le saluer.
 
Nile lui ouvrit avant même que Kyoya ne frappe à la porte car il l'avait vu arriver. Ils échangèrent quelques banalités. Nile proposa à Kyoya de quoi se restaurer. Kyoya commençait par refuser mais Nile insista et Kyoya finit par céder à un verre d'eau et un crouton de pain. Lorsqu'il eut finit de manger, Nile lui tendis une enveloppe.
-Qu'est-ce que c'est ? , demanda nonchalamment Kyoya.
-J'ai reçu ça du Japon. Apparemment tes amis de là-bas ne savent pas comment te joindre et ils se sont dit que tu viendrais me rendre visite.
-Et ça dit quoi ? , demanda Kyoya pas plus intéressé que ça.
-Je n'en sais rien. , répliqua Nile, je ne lis pas ton courrier.
Kyoya soupira et pris l'enveloppe. Il la déchira d'un coup sec et en sortit un papier. Il ne contenait que quelques lignes :
 
Cher Kyoya,
Je ne vais pas y aller par 4 chemins. Gingka est malade. Très malade. Il refuse de manger et ne dors plus depuis plus de deux mois. Il ne peut même plus se lever. Nous ne savons plus quoi faire. Je ne t'aurais pas demandé de l'aide si j'avais eu le choix mais je crains que Gingka ne tienne plus très longtemps comme ça. Peut-être pourras-tu faire quelque chose pour changer son état ? J'espère que tu recevras cette lettre avant qu'il ne soit trop tard.
Madoka
 
En lisant ces lignes, le sang de Kyoya ne fit qu'un tour et une intense angoisse le saisit. Il tremblait de tout son corps en reposant la lettre sur la table.
-Quand ? , demanda-t-il brutalement
-Quand quoi ? demanda Nile
-Quand as-tu reçu cette lettre ?
-Il y a environ 10 jours. Pourquoi ? C'est urgent ?
Kyoya ne répondit pas. Il s'était levé d'un bond et ne remercia même pas Nile avant de partir en coup de vent. 10 jours que la lettre était arrivé auxquels il faudrait probablement ajouter 5 jours de transport de la lettre. Ça signifie que Gingka était dans un état plus que critique depuis près de deux semaines ! Paniqué, il se mit à courir vers l'aéroport le plus proche et acheta un billet à prix d'or pour le 1er avion en partance pour le Japon. Mais il lui faudrait attendre 5 heures avant de pouvoir embarquer et environ 7 heures avant d'arriver à destination. L'attente fut insupportable. Kyoya ne tenait pas en place. Il faisait les cents pas, se rongait les ongles jusqu'au sang. Il priait tous les dieux dont il avait entendu parler pour que Gingka soit encore vivant. Comment avait-il pu ne pas être là à un moment aussi grave ! Il pensait bêtement que l'éloignement les ferait s'oublier mutuellement. Mais ça n'avait pas marché pour lui et c'était en train de tuer Gingka si ce n'était pas déjà fait. Non, ça ne pouvait pas. Gingka ne pouvait pas être... Il ne pouvait pas être... Non il était encore là. Il était encore là. Il l'attendait. Et Kyoya allait rentrer et lui sauver la vie. Oui il fallait que ça se passe comme ça. Oui il le fallait. Le voyage en avion fut tout aussi intenable que l'attente à l'aéroport. Kyoya ne cessait de regarder l'heure. De se demander s'il n'était pas déjà trop tard. Il était tellement nerveux qu'il avait envoyé sur les roses une hôtesse simplement venue pour lui proposer un café. Quand enfin l'avion atterit, il courut pour prendre le premier train qui, bien sûr, s'arrêta en plein milieu de la voie pour « raison de problème technique ». Kyoya crut qu'il allait exploser lorsqu'on leur demanda de patienter une demi-heure le temps de réparer « l'incident » en le « remerciant de sa compréhension ». 2 heures plus tard, il sortit enfin du train et se précipita vers l'arrêt de bus le plus proche. Le bus qu'il prit fut rapidement pris dans les embouteillages. Kyoya en sortit dès qu'il le put et pris un tramway. Il fit les derniers kilomètres à pied. Il faisait nuit quand il arriva tout essoufflé chez Madoka. Toute la bande était silencieuse dans le salon. Kyoya s'y engouffra en demandant où était Gingka sans même prendre la peine de les saluer. Madoka lui indiqua la chambre d'ami et Kyoya s'y précipita. Il était légèrement soulagé : Gingka était encore vivant. 



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Histoire de Famille - Chapitre 6: L'agonie 06/05/2017

Quand il rentra dans la chambre, il aperçut tout de suite la frêle silhouette de Gingka dans le lit. En s'approchant d'elle, il vit tout de suite que Gingka allait très mal. Ses yeux vides fixaient le plafond. Il semblait respirer avec difficulté. Il avait de très gros cernes sous les yeux. Des joues creusées, émaciées. Son teint était d'une pâleur presque fantomatique. Même ses cheveux emmêlés autour de son visage avaient perdu leur brillante couleur et était devenus terne. Kyoya avait le c½ur serré à cette vue. Il se força à se reprendre. Il devait être fort pour le bien de Gingka.
-Alors comme ça on refuse de s'alimenter ? , lança-t-il d'une voix qui se voulait taquine.
Gingka tourna doucement le regard vers lui mais n'eut aucune réaction sur le visage. Il murmura simplement :
-Mes rêves semblent de plus en plus réel...
-Hé oh ! Gingka ! C'est moi ! Kyoya ! Je suis là. Je ne suis pas un rêve !
Kyoya vit l'ombre d'un sourire passer sur le visage de Gingka.
-C'est vrai qu'il aurait réagi exactement comme ça..., murmura-t-il.
Voyant que Gingka ne le croyait pas, Kyoya lui attrapa l'épaule et le secoua un peu :
-Est-ce qu'un rêve peu faire ça ?
Les yeux de Gingka s'illuminèrent alors.
-Kyoya ? , murmura-t-il faiblement, c'est vraiment toi ?
-C'est vraiment moi Gingka. Et je ne te quitte plus. C'est promis.
Gingka semblait s'apaiser un peu.
-Gingka tu vas me faire le plaisir de manger un peu maintenant, repris Kyoya que la pâleur de Gingka effrayait véritablement. Je vais te chercher quelque chose. Il savait très bien ce qu'il voulait : un simple morceau de pain. Pour l'avoir vécu, il savait qu'après une période de jeune prolongé, on ne supportait pas les aliments moins basiques.
Il revient dans la chambre avec son morceau de pain. Il s'assit au bord du lit, coupa un minuscule morceau de pain et le glissa dans la bouche entrouverte de Gingka. Ce dernier se força à mâcher. Lentement, très lentement. Kyoya attendait patiemment que Gingka aie finit avant de lui en donner un autre. A chaque petit morceau que Kyoya lui donnait, il avait l'impression de faire un pas vers la guérison de Gingka et ça lui donnait du courge. Il encourageait Gingka qui ne se montrait pas très réceptif : « Aller Gingka, encore un. Aller Gingka courage ! ».
Kyoya allait lui mettre le 8ème petit morceau dans la bouche quand Gingka l'arrêta et lui dit faiblement :
-Arrête Kyoya. Ça ne sert à rien. C'est trop tard.
-Non je n'arrête pas du tout répliqua brusquement Kyoya totalement paniqué en entendant le son faible de la voix de Gingka.
-Kyoya... Ecoute, je...
-Arrête de parler Gingka et mange ! , fit Kyoya qui ne voulait pas en entendre plus. Mais Gingka ne l'écoutait pas :
-Kyoya, je t'aime.
Kyoya sentit son c½ur s'arrêter. Pourquoi fallait-il qu'il lui dise ça maintenant et dans une telle situation ? En regardant Gingka, il s'aperçu que ce dernier souriait légèrement. Gingka n'avait pas l'air d'avoir terminé. Il poursuivit de sa voix faible :
-Kyoya... Je voudrais... Je voudrais te prendre dans mes bras. Je voudrais t'embrasser. Je voudrais... Mais...
Kyoya n'en pouvait plus d'entendre de telles choses.  Alors il demanda :
-Chut... Arrête-toi là Gingka. Je t'en prie.
-Mais...c'est impossible et... ça me tue...parce que... parce que je t'aime. Je t'aime quand même... Gingka s'était mis à sangloter.
Kyoya en avait mal au c½ur. Il savait tellement ce qu'il pouvait ressentir puisqu'il ressentait la même chose... Kyoya s'agenouilla à côté du lit pour être à la hauteur de Gingka. Il passa une main dans les cheveux de Gingka et le regarda dans les yeux en lui répondant :
-Moi aussi Gingka. Moi aussi je t'aime.





Kyoya tenta à nouveau de faire manger Gingka mais celui-ci refusa encore.
-Aller Gingka.
Kyoya commençait à paniquer. S'il ne mangeait pas, dans son état il ne tiendrait plus très longtemps.
- S'il-te-plaît ouvre la bouche...
Mais Gingka refusa encore.
- Je t'en supplie Gingka... Il faut que tu manges...
Cette fois des larmes coulaient sur les joues de Kyoya. Voir Gingka dans cet état, faible et abandonnant toute envie de vivre était pire pour lui que la torture.
Gingka s'aperçu que Kyoya pleurait à côté de lui. Au prix d'un effort surhumain, il parvient à bouger le bras et à poser sa main sur celle de Kyoya. Ce dernier lui pris cette main et la porta à sa joue. Il pleurait toujours. Et il répéta, incapable de dire quoi que ce soit d'autre :
-Je t'en prie Gingka. Je t'en supplie Gingka. Il faut manger. Il faut...
Mais sa voix se brisa dans un sanglot. Il ne savait même pas pourquoi il s'était mis à pleurer jusqu'à que Gingka lui murmure :
-Kyoya... C'est fini...
-Non ! Gingka non ! s'écria-t-il en ayant peur de comprendre.
-C'est surement mieux comme ça...
Il parlait si faiblement que Kyoya était obligé de se pencher sur lui pour entendre.
-Gingka non ! Ne me lâche pas ! Tu entends ? Ne me lâche pas ! Tu n'as pas le droit ! Je te l'interdit ! , lui hurla-t-il en le secouant.
Mais Gingka ne sortait pas de sa torpeur, au contraire.
Petit à petit, Kyoya cessa de secouer Gingka. Son corps avait compris avant que sa tête ne l'accepte. Alors, presque sans commander ses propres gestes, Kyoya se rassit au bord du lit et prit Gingka dans ses bras. Celui-ci se laissait faire. Il n'avait visiblement plus la force de le repousser ou de lui faciliter la tâche. Kyoya berçait doucement Gingka. D'une douceur que personne n'aurait jamais soupçonné en lui. Et il lui chuchotait à l'oreille :
-Gingka je t'aime... Je t'en prie... Je t'en supplie... Ne fait pas ça...
Mais Gingka était partit. Kyoya le sentis sans vraiment le voir. Il n'aurait su dire comment mais quand Gingka souffla pour la toute dernière fois Kyoya le serra plus fort comme si son étreinte allait l'empêcher de partir. Mais ça ne fonctionna pas et, quelques instants plus tard, il n'était plus qu'une marionnette entre les bras de Kyoya.
 
Kyoya laissa libre cours à ses larmes et à ses sanglots. Les autre amis de Gingka étaient entrés dans la chambre et sanglotaient aussi. Mais leur peine n'était pas comparable à celle que ressentait Kyoya qui continuait de serrer le petit corps sans vie entre ses bras. Les larmes coulaient encore et encore le long de ses joues. Que tout le monde le regarde ? Il n'en avait plus rien faire. Seul comptait pour lui son immense peine qui ne le quitterait plus jamais. 

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La fin d'une légende 10/05/2017

Ce jour-là était une journée idéale pour jouer au beyblade. Le soleil était haut dans le ciel, il n'y avait presque pas de vent. Il faisait bon et pas trop chaud. J'avais vraiment envie de faire un combat. En particulier un duel contre Gingka. Ça m'a pris comme ça ce matin-là en me levant et ça m'a tenu toute la matinée depuis. Ce genre de pulsion, je ne pouvais  pas y résister. Et qui sait ? Peut-être que ce jour sera enfin le bon ! Peut-être que j'allais enfin le vaincre ! Gingka était mon rival de toujours. Je n'avais jamais réussi à le vaincre ne serait-ce qu'une fois. C'est pour ça que les duels contre lui m'excitaient à ce point. C'était un défi, une aventure ! Et quand j'étais dedans, pris par la passion, c'était comme si tous mes sens étaient décuplés. A chaque fois, mon c½ur battait à une vitesse folle ! A chaque fois, c'était comme si nous étions seuls au monde et que plus rien d'autre ne comptait. Les duels contre Gingka, pour moi en tout cas, étaient de véritables moments de jouissance, de paradis. Des instants d'infinis que l'on partage à deux dans le respect, le courage et, en ce qui me concerne, même si jamais je ne l'avouerai, dans l'admiration totale pour l'adversaire. Oui j'admirais Gingka. J'admirais sa force si différente de la mienne plus brute. J'admirais sa capacité à être toujours joyeux et toujours entouré quand je suis la plupart du temps seul et renfrogné. J'admirais sa détermination et sa volonté de ne jamais abandonner dont je m'inspire chaque jour. Et ce jour-là, avec ce soleil radieux, je n'avais qu'une envie, c'était de me replonger dans un de ces duels dont Gingka avait le secret.
 
Je suis donc allé au BeyParc au lieu de m'entraîner à l'écart comme j'en ai l'habitude.
Quand je suis arrivé, je n'ai pas mis 2 secondes pour repérer Gingka au milieu d'une foule de gamin en quête de conseils de beyblade. Je ne tenais déjà plus en place. La simple perspective d'un duel beyblade contre Gingka me mettait dans tous mes états. Mais il fallait attendre que Gingka en finisse avec les gosses. Tel que je le connaissais, il était capable d'y passer toute la journée. Aussi, me suis-je appuyé au mur dans un coin, bien en évidence pour qu'il me voie. J'ai adopté une mine boudeuse et renfrognée pour lui montrer que je détestais attendre et aussi pour me donner une contenance plus digne.
Au bout de quelques minutes, il fini par me voir :
-Kyoya ?, Me demanda Gingka. Me dis pas que toi aussi tu veux que je te donne des conseils de Beyblade, Me taquina-t-il.
-Fais attention Gingka, répondis-je sur le même ton sans même lever la tête, tu risques de me vexer. Et c'est très mauvais de me vexer quand je m'apprête à te défier en combat singulier.
D'un mouvement théâtral, j'ai brusquement tendue ma toupie vers lui pour le provoquer en duel dans les règles de l'art :
-Affronte-moi Gingka !
Gingka eut un sourire. Comme s'il n'attendait que ça. Il s'est lentement redressé et d'un mouvement tout aussi théâtral que je venais de le faire, il a tendu son bras devant lui pour me montrer sa toupie en disant :
-Quand tu veux Kyoya ! Pégasus et moi, on va te mettre la pâtée !
J'ai souri. C'était toujours comme ça entre nous. Et je ne voulais pas que ça change. Oh non. Je ne voulais surtout pas que ça change.
-Mais Gingka tu nous avais promis..., râle un gosse.
-Désolé les amis mais je ne recule jamais devant un duel ! , a répliqué Gingka.
Mon sourire s'agrandit de cette priorité que Gingka m'offrait. Voilà bien le Gingka que je connaissait !
 
Ensuite nous nous sommes dirigés vers le plus grand des stadium du BeyPark où ont lieu toutes les compétitions. Il y avait des petits qui jouaient dedans mais ils sont immédiatement partis quand ils nous ont vu arriver. Etre Gingka Hagané, le meilleur blader du monde en titre ayant de surcroit sauvé le monde et Kyoya Tategami, son plus grand rival, ça donne certains privilèges.
 
Nous nous sommes placés de part et d'autre du stadium. Ça y était. On allait commencer. Mon c½ur battait la chamade. Ça allait être tout simplement génial. Mais avant que nous ayons eu le temps de lancer le compte à rebours, nous sommes interrompus par des cris :
-Hé attendez on veut voir !
- Oui attendez s'il vous plaît on ne veut pas rater ça !
En me retournant, j'ai vu une foule de bladers se précipiter dans les gradints pour ne pas rater une miette du spectacle que nous allions leur donner. J'affichais un sourire fier et satisfait d'un tel engouement pour nos combats. Je tournais la tête vers Gingka et échangeait un regard complice avec lui. Ça oui, nous allions leur en donner du spectacle. Plus rien ne pouvait gâcher ce moment.
-Bladers, Bladeuses du monde entier ! Nous voici en direct de BeyCity pour assister à un combat amical et exceptionnel entre nos deux meilleurs bladers ! J'ai nommé... Gingka...
La foule en délire acclama son nom. Lorsqu'elle se calma un peu, le blader DJ continua :
-... et Kyoya !
A foule repartit de plus belle !
C'était plutôt incroyable ! Ce combat était hors compétition et ne devait être qu'un match amical mais notre popularité à tous les deux était si grande que même les médias ont fait le déplacement. J'en retirais une certaine fierté. Même si, au fond, la seule chose qui m'intéressait, c'était le combat qui m'attendait. Je levais mon lanceur. Gingka fit de même. Nous nous regardions droit dans les yeux, sans ciller. Le stade monstrueusement bruyant quelques minutes auparavant était devenu parfaitement silencieux. Chacun retenait son souffle.
-Bladers, bladeuses du monde entier ! , repris le blader DJ, le combat ne va pas tarder à commencer ! Nos combattants sont en place, il est temps de lancer le compte à rebours ! 3 !
-2 !, lança Gingka
-1 !, m'écriais-je sentant monter en mois un pic d'adrénaline.
-Hyper-vitesse !, m'écriais-je avec Gingka.
Je mis toute la force que je pu trouver dans mon lancé et Léone atterrit à toute vitesse dans le stadium. Evidemment, Pégasus n'attendit pas une seconde pour commencer à me lancer une série d'attaques barrage à la vitesse du son. Pegasus est la meilleure toupie d'attaque au monde et la plus rapide. Malheureusement pour lui, je m'enorgueillissais de posséder la meilleure toupie de type défense. Les attaques barrage de Gingka étaient un classique pour lui. Je les connaissais par c½ur et Léone était parfaitement entraînée pour y faire face. Quand je sentis le moment opportun, j'appelai ma toupie pour qu'elle contre l'attaque. Le timing était parfait et Pégasus partit valser un peu plus loin. Je jetais un regard à Gingka. Il semblait s'y attendre. Nous n'avions pas encore vraiment commencé.
-Pégasus ! Mode suprême !
Pegasus a encore accéléré. Ses attaques de longues portées frappaient ma toupie avec violence.
-Bien c'est à moi !, lancé-je. Léone ! Rugissement tempétueux du lion !
L'attaque de Pégasus a été bloquée.
-Ok Pégasus ! Tempête engloutissante !
Pegasus a tourné autour du stadium et ma tornade s'est affaiblit. Il était en train de me faire le coup du vide. Ce coup-là aussi, je le connaissais. Dans quelques secondes, il allait me percuter de plein fouet. Mais j'ai pris les devants.
- Léone ! , m'écriais-je.
Ma toupie savait très exactement quoi faire. Avant que Pégasus ne la percute, elle la percuta par le dessous, envoyant valser très haut dans le ciel la toupie de Gingka. Evidemment, Gingka ne perdit pas une seconde pour lancer :
- Pegasus ! Explosion galactique !
J'attendis quelques secondes sans bouger. Gingka me regardais d'un air interrogateur. Bien sûr, il savait que je n'allais pas perdre devant si peu. Il m'avait vaincu une fois avec ce coup mais nous étions tout les deux encore débutants à l'époque. Ce n'était plus le cas depuis longtemps. C'est pourquoi, quand Pegasus fut à mi-hauteur je hurlais :
- Léone, envole-toi !
Je n'avais encore jamais essayé cette man½uvre. Elle nécessitait un timing impeccable. J'espèrais être dans le rythme quand je lancais :
- Léone ! Frappe du vent inversée du lion !
Cette fois j'avais gagné, je le sentais ! Pégasus était lancé à toute vitesse contre une toupie qui n'était plus dans le stadium tandis que ma toupie l'attaquait par derrière. Il allait s'écraser contre le stadium et perdre par arrêt de rotation.
En un éclair, je crois qu'il a compris ce qu'il se passait. Mais il n'a pas le temps de réagir. Le choc de Pégasus contre le sol fut extrêmement violent parce que Gingka avait vraiment mis beaucoup de force dans ce coup qui lui était tellement personnel. Mon Léone n'attendit pas que Pegasus retrouve son équilibre pour le frapper avec une violence redoutable. L'explosion fut gigantesque. Je luttais pour tenir debout en gémissant. Des cris résonnaient dans tout le stadium. Les gradins étaient en train de céder sous la violence des impacts et les spectateurs furent contraints de quitter le stadium. En attendant que la poussière ne se disperse, je sentis mon c½ur accélérer. Qui avait remporté la confrontation ? Qu'était-il sortit de cette attaque ? Quand la poussière se dissipa enfin, mon c½ur s'arrêta. Je ne pouvais pas croire ce que je voyais. C'était inespéré. Car oui, cette fois, et pour la toute première fois, je pu voir un Pegasus arrêté à côté d'un Léone qui continuait de tourner. Je n'arrivais pas à le croire. Toutes ces heures de travail que j'avais effectué, toute cette sueur que j'avais versée. Ce rêve que je poursuivais depuis si longtemps. J'y étais enfin arrivé. J'y étais enfin parvenu. Levant les yeux vers Gingka, je le vis me sourire tristement. Je ne pouvais pas me détacher de ses yeux. Je n'entendis même pas les vivas de nos autres amis. Tout ce que je voyais, c'était le regard admiratif que Gingka m'adressais. Puis subitement, il se mit à taper dans ses mains. D'autres suivirent et, progressivement, le stade entier m'acclamait. Je croyais être dans un rêve. J'avais vaincu Gingka. Il m'applaudissait. Les autres aussi. Dans le lointain, j'entendais le blader DJ excité comme une puce s'écrier dans le micro :
-Mes amis c'est incroyable ! Nous venons de vivre des instants historiques dans l'histoire du beyblade ! Kyoya Tategami, le fougueux roi des animaux a vaincu Gingka Hagané, le champion du monde en titre ! C'est exceptionnel ! C'est émouvant ! C'est merveilleux ! Je vais immédiatement tenter de l'interviewer ! Je vous rejoins dans quelques instants !
Gingka m'adressa un nouveau sourire. Je l'entendis me dire :
-C'était un très beau combat Kyoya. Tu as mérité ta victoire.
Puis il a tourné les talons et il est partit. J'étais un peu triste pour lui. Pour l'avoir vécu, je pouvais imaginer ce qu'il ressentait. Il avait surement besoin d'être seul quelques temps. De toute façon, je n'aurais rien pu faire d'autre parce que le bladers DJ m'attrapa et me tint la jambe pendant 2 bonnes heures pour me demander mes impressions, comment j'avais réussi cet exploit... J'étais aussi concis que possible. J'ai toujours détesté me prêter au jeu des journalistes. Quand ils me lâchèrent enfin, je sortis du BeyPark, l'esprit encore embrumé du bonheur et de la fierté de cette victoire. Cette nuit-là, je m'endormis dans mon entrepôt habituel, dans l'ancien repère des chasseurs de tête en ayant enfin l'impression d'être en paix avec moi-même.
 
 
Quand je me suis réveillé le lendemain, il pleuvait. J'entendais les gouttes taper contre le toit de l'entrepôt. M'allongeant sur le dos, Léone entre mes doigts, je me demandais si je n'avais pas rêvé. Si je n'avais pas imaginé la journée d'hier. Grognant contre le fait que je ne pouvais pas sortir, j'allumais une petite radio, seul luxe que je possédais et que j'avais volé il y avait de ça quelques années. Je décidais de me détendre en passant mes bras derrière ma tête en écoutant les nouvelles. Après un grésillement, j'entendis alors :
« Toute la France est actuellement le siège d'une dépression qui ne devrait pas bouger avant demain. Les températures restent fraiches. 9 à Lille, 10 à Paris, 14 à Bordeaux et à Marseille, 13 à Toulouse et à Perpignan. Nous sommes aujourd'hui le 15 janvier et nous fêtons les Rémy. Et tout de suite les nouvelles économiques et politiques... »
Je n'écoutais pas ces dernières nouvelles. Elles ne m'intéressaient pas. Je préférais rêvasser à ma merveilleuse journée de la veille et à ma victoire contre Gingka. J'avais encore du mal à le croire. Je sortis brutalement de ma rêverie lorsque j'entendis :
« Après avoir perdu de façon très surprenante contre son rival Kyoya Tategami, le champion du monde de beyblade en titre Gingka Hagané a été transféré d'urgence à l'hôpital. Selon nos sources, ses jours ne sont pas en danger mais il semblerait être victime d'une petite faiblesse. Cela pourrait expliquer sa défaite d'hier. Nous reviendrons vers vous dès que nous en sauront plus. Et du côté de l'actualité musicale nous avons... ».
Je ne laissais pas la radio continuer. Ce que je venais d'apprendre m'avait soufflé. Gingka à l'hôpital ? Qu'est-ce qu'il avait ? Il fallait que je sache. Au mépris de la pluie je sortis en courant de l'entrepôt pour gagner l'hôpital. J'ai couru de longues minutes sous la pluie. Le vent était contre moi. La pluie battante trempait mes maigres vêtements et me frigorifiait jusqu'aux os. En plus, je ne voyais pas à 3 mètres. Dans ma course, je bousculais plusieurs personnes mais n'y prêtais pas vraiment attention. Quand j'arrivais enfin à l'hôpital de secteur frissonnant et tremblotant, je me dirigeais immédiatement vers l'accueil. La dame me dit que Gingka ne pouvait pas recevoir de visite. J'eut beau la menacer, elle ne sembla nullement impressionnée et refusa de me donner son numéro de chambre. Je décidais de renoncer à l'idée de la convaincre et de retrouver Gingka par mes propres moyens.
Finalement, ce n'était pas si compliqué de trouver la direction... Il suffisait de suivre les journalistes ! Sacré Gingka ! Sa popularité est à mon avantage finalement. Apparemment Gingka se trouvait au 3ème étage. Mais en haut des escaliers, les journalistes étaient bloqués par une horde d'infirmières pour les éloigner de la chambre de Gingka. N'ayant aucune caméra sur moi et n'ayant vraiment pas l'allure d'un journaliste propret et coquet, les infirmières ne se méfièrent pas de moi ce qui était plutôt un comble : pour la première fois, mon allure de mauvais garçon était un avantage. Je marchais lentement dans le couloir, scrutant les chambres par les quelques hublots, tendant l'oreille dans l'espoir d'entendre la voix de Gingka pour me guider.
Mon v½u fut exaucé quelques minutes plus tard en entendant Gingka s'écrier d'une porte voisine « Mais enfin docteur ! ». Je m'empressais de m'approcher pour y coller l'oreille. Gingka semblait en pleine conversation avec son médecin Je n'entendis pas la fin de l'exclamation de Gingka. En revanche, j'entendis très bien la réponse du médecin :
« Je vous avais prévenu Mr Hagané, du repos et pas d'effort physique intense. Vous devez économiser vos forces si vous ne voulez pas que votre sclérose en plaque ne se développe plus vite que prévu ! »
Une sclérose en plaque ? Avais-je bien entendu ? Je n'étais pas un spécialiste des maladies mais celle-ci, je la connaissais. Une maladie progressive qui paralyse le corps entier petit à petit jusqu'à ce que vous mouriez d'étouffement. Une maladie horrible. Mais Gingka ne pouvait pas avoir ça pas vrai ? Il allait très bien. Il était en bonne santé.
« -  ... pas faire autrement docteur ! Ma vie entière c'est le beyblade ! Et je suis le champion du monde ! Je dois montrer l'exemple !
 - Et bien vous allez devoir vous décharger de cette responsabilité ! Votre corps ne peut plus le supporter 3 de vos doigts gauches sont déjà paralysés ! Estimez-vous heureux d'être droitier, ça vous fait gagner un peu de temps...
- ça je le sais ! Et je fais ce que je peux ! J'ai passé le flambeau hier, en quelque sorte.
-Comment cela ?
-J'ai fait exprès de perdre contre Kyoya hier pour que ce soit lui le nouveau champion du monde de beyblade et pour pouvoir me retirer en paix. Vous croyez que ça a été facile ? Quand Léone m'a percuté, si j'y avais mis toute ma volonté, j'aurais survécu à ce coup. Mais je ne l'ai pas fait. Je l'ai laissé me battre. Ça a été le pire moment de toute ma vie. C'est la première fois que je ne joue pas franc jeu.
Il a quoi ? Non c'est pas possible ! Je rêve là ! Je vais surement me réveiller !
-... déjà 3 mois que vous connaissez le diagnostic ! Vous auriez dû vous attendre à ce que ça arrive un jour ou l'autre !
-Je sais docteur. Et c'est fait maintenant. J'ai passé le flambeau. J'arrête le beyblade.
-Ne soyez pas si triste ! Vous pouvez gagner 5 mois de vie grâce à cette décision ! Bien. Je dois aller visiter mes autres patients. Bon rétablissement Mr Hagané. Et reposez-vous surtout. »
Je m'empressais de m'assoir proche d'une autre porte le dos tourné pour que le médecin ne me voit pas. Quand il tourna à l'angle du couloir, j'entrais dans la chambre de Gingka brutalement.
 
Il était assis dans son lit, l'air pensif. La chambre d'hôpital était entièrement blanche et l'ameublement était très rudimentaire. Gingka était sous perfusion et donc lié à plusieurs poches de liquides. Quand j'entrais, il leva immédiatement les yeux vers moi avec un air interrogateur :
-Kyoya ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? 
Je ne répondis pas. Dans mon attitude, j'hésitais entre colère et pitié. Finalement c'est la colère qui l'emporta et je m'écriais :
-Et tu comptais me le dire quand que t'étais malade hein ? Et me faire croire que je gagne des combats contre toi, ça t'amuse ? Tu aimes bien te foutre de ma gueule c'est ça ? T'as intérêt à avoir une excellente explication et tout de suite !
-Kyoya, je t'en prie calme-toi...
-Que je me calme ? Je croyais enfin avoir réalisé mon rêve ! Je croyais enfin t'avoir vaincu ! Et j'apprends que tu as fait exprès de perdre ! J'apprends que tu as fait exprès de me combattre uniquement pour me faire croire que j'avais gagné ! Tu me déçois beaucoup Gingka ! Tu me déçois énormément.
-Kyoya... Pardon, ce n'est pas ce que je voulais...
-Ah non et on peut savoir ce que tu voulais alors ? , demandais-je avec un cynisme ironique.
-Kyoya, je voulais simplement faire de toi le nouveau champion du monde de beyblade quand je ne serais plus là. C'est le moins que je puisse faire pour toi...
-Je n'ai pas besoin de ton aide pour être le meilleur blader du monde. Je le suis déjà ! Et il ne me restera plus qu'à te battre quand tu seras rétabli et je te le prouverai !
Gingka m'adressa alors un petit sourire triste et je réalisai l'absurdité de ce que je venais de dire. Bien sûr, si Gingka était atteint de Sclérose En Plaque, son état ne pourrait que s'aggraver. Il n'ira jamais mieux.
-Tu es le meilleur blader du monde à présent Kyoya. Et c'est tout ce qui compte. Même si j'aurais préféré ne pas avoir à te le dire comme ça.
Je lui envoyais un regard interrogateur alors il poursuivit :
- J'aurais voulu que tu ne saches jamais pour ma maladie ou alors très tard et que tu continues de penser que tu as gagné parce que tu étais devenu meilleur et pas parce que j'étais devenu plus faible. 
J'étais incapable de dire quoi que ce soit. Une partie de moi avait envie de s'énerver contre lui pour me manipuler de cette façon et l'autre partie comprenait qu'il avait agi dans l'intention de me protéger en quelque sorte. Il avait fait ça pour que je puisse me dire : « J'ai réussi à le vaincre avant qu'il ne meure ». Et j'en étais touché même si je n'en laissais rien paraître.
-Kyoya écoute-moi. , me dit-il. Que tu saches ou non ne change rien. Tu m'as battu un point c'est tout. Kyoya tu es maintenant le plus grand blader du monde ! C'est le sens de l'histoire. C'est comme ça que ça doit se passer.
-Et si je refuse ? Si je veux que tu restes invaincu jusqu'à la fin ?
-Kyoya...
-Non Gingka. Je ne tricherais pas. Qu'importe ma fierté ! Qu'importe ma déception ! Je ne te trahirais pas en mentant de la sorte !
-Mais Kyoya...
-Non Gingka ! Je refuse ! Je n'ai pas ce genre d'attitude. Tu seras le meilleur blader du monde jusqu'à ta mort que tu le veuilles ou non !
A la suite de cette entrevue mouvementée, je suis allé tout droit donner une conférence de presse aux journalistes. Je déteste faire ça mais cette fois-ci je n'avais pas le choix. Je ne leur aie pas dit de quelle maladie souffrait Gingka. Je leur aie simplement confirmé que s'il n'avait pas été malade, il aurait surement gagné notre duel.
 
Gingka sortit de l'hôpital quelques jours plus tard mais il n'avait plus le droit de jouer au beyblade. J'en avais mal au c½ur pour lui. Quelle perspective affreuse ! Renoncer à ce qui nous tient le plus à c½ur sans aucun espoir de changement jusqu'à la fin d'une vie qui s'arrêtera prématurément. J'étais complètement impuissant dans cette situation ! Je n'avais pas le pouvoir de guérir Gingka. Je ne pouvais pas lui insuffler la force de jouer au beyblade. Je ne pouvais même pas retarder sa mort prochaine. Je déteste ce sentiment d'impuissance. Toute ma vie j'ai combattu et je me suis endurci pour éviter de le ressentir. Mais j'y étais contraint malgré tout. Gingka restait avec ses amis proches la plupart du temps tandis que je restais à l'écart, me jugeant inutile sinon délétère car j'avais conscience de représenter à moi seul toute la tristesse de la fin de sa carrière de blader. Je me contentais de l'observer de loin. Je savais ce qu'il lui arrivait à chaque instant. S'il ne m'avait pas vu depuis notre entrevue à l'hôpital et qu'on ne s'était pas parlé depuis, moi j'avais surveillé le moindre de ses fait et gestes à distance. Je vivais avec lui chacun de ses handicaps, la découverte de chacune de ses facultés perdues. Pour moi, c'était une véritable torture. Je n'imagine même pas ce que c'était pour lui. J'espérais chaque jour que son état ne s'aggraverait pas ce jour-là. Et je vivais chacune de ses nouvelles incapacités comme si c'était à moi qu'elle était arrivée. Ma vie était en totale communion avec celle de Gingka. J'ai même cessé de jouer au beyblade à ce moment-là ne réussissant pas à me concentrer sur autre chose que sur ma culpabilité de pouvoir encore y jouer quand Gingka, lui, ne le pouvait plus.  Au bout de quelques semaines, Gingka ne se déplaçait plus sans canne. Quelques semaines encore et il restait assis en fauteuil roulant. Au bout de 3 mois, Gingka ne pouvait plus bouger le bras gauche et à peine le droit.
 
Lorsqu'il ne put plus bouger son bras droit, il demanda à me voir. C'est Benkei qui est venu me trouver pour me le dire. Je rejoignis donc Gingka au rendez-vous qu'il m'avait donné au vieux stadium en ruine où nous serions tranquilles. Lorsqu'il me vit arriver, Gingka me sourit. Je gardais le visage fermé et le regard neutre comme à mon habitude principalement pour me protéger moi-même de la pitié qu'il m'inspirait malgré moi. Comme Gingka ne semblait pas pressé de parler, j'engageais la conversation :
-Tu voulais me voir ? , demandais-je. J'aurais voulu être plus aimable. Lui demander comment il allait par exemple. Mais je n'étais pas très doué pour ce genre de choses. Gingka ne s'en formalisa pas.
-Oui j'ai une faveur à te demander. , me répondis-t-il très calmement.
Je haussais un sourcil interrogateur attendant qu'il termine d'exprimer sa pensée.
-Kyoya je ne peux plus bouger ni les bras, ni les jambes. Certains muscles de mon visage et de mon dos commencent à s'engourdir.
Je ne savais pas quoi répondre.
-Kyoya, reprit-il, bientôt, je ne pourrais plus parler. Ensuite je ne pourrais plus manger. On me mettra une sonde pour que je puisse me nourrir. Et peu après, on devra me brancher sous respirateur avant que je ne meure. Et... Je.... Je ne veux pas vivre ça Kyoya...





Sa voix se brisa à la fin de cette réplique dans un sanglot contenu mais reconnaissable. Je ne savais toujours pas quoi faire. De ma vie je ne me suis jamais senti aussi impuissant ! Les émotions m'envahissant, je me contentais d'une réponse courte et la plus neutre possible :
-Et qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
Gingka ne répondis pas tout de suite. Il me regardait  dans les yeux comme s'il essayait d'évaluer si j'allais céder à sa requête avant même qu'il ne la prononce. Je me sentais mal à l'aise alors je répétais ma question :
-Qu'est-ce que je peux faire pour toi Gingka ?
Après encore quelques secondes de silence pendant lesquelles Gingka ferma les yeux, semblant prendre son courage à deux mains, il dit d'une voix ferme :
-Tue-moi.
Je me figeais, sous le choc. Gingka semblait fatigué mais ses yeux reflétaient une grande détermination. Il était très sérieux. Il ne l'avait sans doute jamais autant été. Mais je ne savais pas quoi répondre.
-Gingka, je... , tentais-je.
Voyant que j'hésitais il continua.
-Kyoya, les lois interdisent l'euthanasie. Au mieux, on m'empêchera d'avoir mal et on me mettra dans le coma. Je ne veux pas finir comme ça Kyoya. Je veux rester digne et maître de moi-même jusqu'à la fin et je crois que tu peux le comprendre mieux que personne.
Ces paroles me touchèrent plus que je ne saurais le dire. Bien sûr que je comprenais ! Bien sûr que j'aurais probablement demandé la même chose à Gingka. Et, dans une situation semblable, j'aurais voulu qu'il me l'accorde.
-Je sais que tu risques beaucoup. Si on t'arrête, tu iras en prison. Mais on ne t'arrêtera pas, toi, Kyoya. Tu les sèmeras toujours. Tu t'en sortiras et puis même si la police t'arrête, il n'y a que toi qui pourrais survivre en prison parmi mes amis. Bien sûr, il faudra que tu trouves ce qu'il faut mais je t'aiderais, tu n'auras pas à trop t'embêter...
-Je m'en fous de tout ça Gingka ! , le coupais-je. Je me fous royalement de savoir si je vais être poursuivi par la police ou combien je vais devoir débourser pour payer un pistolet !
-Alors c'est d'accord ?
-Je...
Ses yeux brillants me regardaient.
-C'est que...
Je balbutiais, me perdais dans mes réflexions puis soudain explosais :
-tu te rends pas compte de ce que tu me demandes ! Comment je pourrais faire une chose pareille ? Comment je pourrais me regarder en face ? T'y a pensé à ça ? à ce que ça me ferait de te tuer ?
A bout de souffle d'avoir crié. Je me retournais pour ne plus avoir à le regarder dans les yeux.
Il y eut un silence. Je me calmais en écoutant le vent faire glisser le sable sur le sol. Quelques instants plus tard, Gingka me répondis :
-Je crois que tu me respectes suffisamment pour que la pensée de me voir totalement dépendant de machines te soit encore plus intolérable que l'idée de me tuer.
Je baissais la tête. Il avait raison. Mais comment s'y résoudre ?
-Kyoya, parmi tout ceux que je connais, je ne demanderais qu'à toi. Parce que si tu refuses, personne ne le fera. Toi seul est assez fort Kyoya. Il n'y a qu'en toi, que j'ai confiance pour faire ça.
Je gardais le dos tourné encore quelques minutes. Je sentais dans mon dos le regard suppliant de Gingka qui semblait me transpercer en part en part. Finalement, je me suis retourné et, sans être vraiment sûr de ce que je faisais, j'ai hoché la tête en signe d'assentiment. Il a également acquiescé pour me répondre. Alors j'ai demandé : « quand ? ».
Gingka ferma les yeux un instant avant de répondre : « Quand je ne pourrais plus parler ».
Je hochais la tête.
 
Dorénavant, je priais encore plus chaque jour pour que les handicaps de Gingka ne s'aggravent pas, du moins pas trop vite. J'étais très nerveux. J'avais beaucoup de mal à calmer mes nerfs en pensant à la suite. J'étais très agité. Je dormais très peu. Allais-je pouvoir tenir ma promesse ? Allais-je pouvoir faire ce que Gingka me demandait ? D'un point de vu matériel, tout était prêt. Je m'étais procuré le pistolet et quelques cartouches que je gardais avec mes autres (maigres) affaires à l'entrepôt où je dormais. Je le prenais dans mes mains chaque soir pour m'habituer à son contact et pour m'entraîner à viser juste car je n'aurai pas le droit à l'erreur. Je ne voulais pas infliger à Gingka de douleur supplémentaire. Pourtant, j'avais encore les mains moites et les bras tremblants en le levant vers la cannette qui me servait de cible. Je faisais de mon mieux pour me maîtriser mais ce n'était pas simple de rester calme. Je vivais chaque jour en redoutant que Gingka ne puisse plus parler tout en me préparant pour le jour fatal. Pendant cette période, j'admirais énormément Gingka. Je veux dire, encore plus que d'habitude. Après la promesse que je lui avais faite, il semblait plus serein. Moins inquiet de son avenir. Pourtant, au regard des cernes qu'il avait sous les yeux, cela se voyait qu'il ne dormait pas beaucoup non-plus. L'angoisse du lendemain devait être encore plus terrible pour lui que pour moi. Et pourtant, il avait encore le sourire, un peu forcé quelque fois mais toujours sincère. Il continuait d'essayer de poursuivre sa vie. Il sortait se promener dans son fauteuil tous les jours. Il passait du temps avec ses amis et avec son père. Il donnait régulièrement des conseils de beyblade à de jeunes débutants avides de profiter de son expérience et de sa gentillesse. Même dans sa situation, son discours n'avait pas changé. Croire en soi, se battre jusqu'au bout même quand l'issue semble incertaine, ne jamais abandonner que ce soit pendant un combat ou après une défaite. Tout ce petit discours qui m'avait autrefois semblé niais, vain et inutile prenait d'un seul coup tout son sens. Bien qu'il soit encore très jeune, Gingka était un grand homme, un modèle. Non seulement pour tous les bladers mais aussi pour tous les hommes.  Malgré toutes ses incapacités, malgré l'épée de Damoclès en équilibre instable au-dessus de sa tête, malgré les regards de tristesse et de pitié qu'il devait subir, il continuait à forcer son bonheur.  Cette performance était une leçon de force et de courage adressée à l'humanité toute entière.
 
Le jour vint. Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là. C'était le 20 Mai. Il faisait un temps radieux à l'extérieur. Lorsque je me suis réveillé ce matin-là, l'ai eu un pressentiment. Un très mauvais pressentiment. Je ne savais pas trop comment mais je savais que le jour était arrivé. J'essayais de me résonner : il n'y avait aucune raison pour que ce soit plus aujourd'hui qu'un autre jour. Mais le temps m'a donné raison. En effet, environ une heure plus tard, alors que je faisais tourner Léone dans le vide pour m'occuper les yeux et l'esprit, assis sur je ne sais quel container, Benkei est venu me trouver l'air dépité. Il m'appelait de loin avant de se rapprocher comme à son habitude. Quand il fut assez prêt je daignais tourner les yeux vers lui pour l'autoriser à parler.
-Gingka ne peut plus parler, me dit-il sans détour. Il savait que je n'aimais pas qu'on tourne autour du pot.
Je soupirais. J'attendis quelques secondes avant de me lever lentement puis de renvoyer Benkei dire à Gingka que j'arrivais tout de suite. J'attendis qu'il s'éloigne suffisamment pour me saisir du pistolet que j'avais caché et le glisser dans la ceinture de mon pantalon. Le contact froid du métal me mettait mal à l'aise mais je ne pouvais pas me balader  en pleine rue en le tenant à la main. Fin prêt, je partis vers le magasin de Madoka où était hébergé Gingka. Mes pas étaient lourds mais je m'obligeais à les faire quand même. Quand j'arrivais chez Madoka, Gingka me vit aussitôt. Je lui proposais de sortir prendre l'air d'une façon à ce qu'il comprenne que j'étais prêt pour respecter ma promesse. Gingka cligna des yeux. Madoka m'expliqua rapidement que c'était leur nouveau système de communication. Un clignement pour un « oui » et 2 clignements pour un « non ». Je saisis alors la poignée au dos du fauteuil de Gingka pour l'entraîner. Avant de partir, je laissais Gingka faire des adieux muets à ses amis par la simple profondeur de son regard. Je ne savais pas si ceux-ci avaient reçu le message. Mais ce qui comptait, c'est qu'au bout d'un certain temps, Gingka tourna la tête vers moi pour me signifier qu'il était prêt. Je poussai alors son fauteuil vers la sortie. Arrivé là, je ne savais pas trop où l'emmener. Je n'y avais pas réfléchi. On ne pouvait pas rester dans le centre-ville : mon pistolet serait trop repérable. On ne pouvait pas non-plus aller trop loin dans la périphérie car il fallait rester sur du béton pour le fauteuil de Gingka. Je songeais à l'emmener dans l'entrepôt ou je dormais mais il me semblait que l'endroit était indigne. Tout en poussant son fauteuil, j'avançais dans la rue en réfléchissant. Je lui aurais bien demandé ce qu'il préférait mais il ne pouvait plus parler. Quand nous arrivâmes au bord de la rivière, Gingka tourna la tête vers moi. Evidemment. Il adorait cet endroit. Je poussais le fauteuil en contrebas et l'arrêtait à un mètre de l'eau. Je sortis le pistolet que j'avais laissé dans ma ceinture tandis que Gingka laissait son regard se perdre dans le lointain. Le métal avait eu beau être en contact avec ma peau depuis plus d'une heure, il était toujours aussi froid dans ma main. Et toujours aussi lourd. J'avais même l'impression qu'il s'était encore alourdi, qu'il ne faisait que s'alourdir au fur et à mesure que ma mission se concrétisait. Le pistolet entre les mains, j'attendis que Gingka se tourne vers moi. Il dû le sentir car il me regarda quelques seconde plus tard. Une dernière fois je lui demandais :
-Tu es sûr Gingka ? Tu es sûr de vouloir faire ça ?
Il resta figé un instant avant de cligner. Une fois. Oui, traduis-je. Alors je levais mon arme vers lui le bras tremblant. Je visais sa tête pour une mort plus rapide et moins douloureuse. Mes doigts cherchèrent la gâchette puis, lorsqu'ils l'eurent trouvé, ma main fut parfaitement positionnée. Je n'avais plus qu'à tirer. Mais je ne le faisais pas. Le bras tendu, la main serrant le pistolet, je restais immobile. Gingka me regardait calmement même si je voyais qu'il avait peur. Il était même terrifié. Je soutenais son regard. Il cligna lentement. Je pris ce clignement comme signal et appuyai sur la gâchette. Tout se passa alors très vite et pourtant, j'eu l'impression que le temps s'était ralenti. Le bruit que fit la balle propulsée me fit l'effet d'une bombe. Le recul du pistolet me déséquilibra. La balle vint se loger dans la tête de Gingka qui tomba à la renverse sur le côté de son fauteuil. Du sang commençait à couler du trou qu'avait fait la balle dans la tête de Gingka.
 
- C'est là que je compris que c'était fini. Puis je suis allé voir la police et je me suis dénoncé. Voilà monsieur le juge. Voilà tout ce que je peux dire pour ma défense et je n'attends aucun traitement de faveur de votre part, finissais-je d'une voix forte.
Dans le tribunal, on n'entendait aucun bruit si ce n'est le stylo du greffier courant sur le papier. Mon avocat me regardait l'air désolé. Après des aveux pareils, j'allais probablement être condamné à perpétuité. Mais ça n'avait plus aucune importance. J'avais fait ce que je devais faire et plus rien d'autre ne m'attendait dans cette vie. Quand le verdict tomba, deux policiers me prirent chacun un bras pour m'emmener en prison. J'aurais pu me libérer facilement mais je n'en avais pas l'intention. J'entendis de loin la voix de Benkei, qui était venu assister à mon procès, m'appeler dans l'assemblée. Je lui envoyais un dernier regard pour le remercier d'avoir été un ami si fidèle pour moi toutes ces années et pour lui souhaiter une belle vie. Je ne sais pas s'il a compris où je voulais en venir car quelques secondes plus tard, la porte du tribunal se refermait sur ma liberté avec un claquement sourd.


Le texte est mien. Merci de ne pas vous l'approprier. 
L'image est mienne. Merci de ne pas la copier.


Précision: Je n'ai pas choisit le 20 Mai comme date de décès de Gingka par hasard. En effet, c'est mon jour porte-malheur, mon jour maudit.

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Une amitié vieillissante - Chapitre 2: Une fulgurante carrière 12/05/2017

Lorsqu'il sortit de l'hôpital, il ne savait pas très bien où aller. Il n'avait pas vraiment envie de rentrer chez lui, rien ne l'y attendait. Mais rien ne le retenait non-plus dehors par ce froid hivernal. En l'absence d'alternative,  il se résigna à rentrer chez lui. Les nuages étaient épais et il faisait très sombre pour une mi-journée. Kyoya ne se pressait pas. Il marchait lentement, veillant à ce que sa canne se substitue correctement à ses jambes affaiblies.
 
Quelques enfants le croisèrent en courant et en riant. Il n'en laissa rien paraître bien sûr mais en était attendri. Il croisa ensuite un couple qui se tenait la main et qui se regardait amoureusement bravant sans doute le froid de l'hiver pour se voir. Kyoya eut un léger pincement au c½ur en les voyants ainsi. Lui, il n'était qu'un vieux solitaire. Il l'avait toujours été aussi loin qu'il se souvienne. Il n'avait jamais cherché la compagnie de personne. Mais aujourd'hui, cette solitude lui pesait. Pour la première fois de sa vie, il aurait voulu que quelqu'un soit près de lui, marche à côté de lui, le raccompagne chez lui. Toute sa vie n'avait été qu'un combat. Un combat pour continuer.  Toute sa vie, il s'était poussé, par la force de sa volonté à faire ce qu'il devait faire, à aller où il le devait, à agir comme il le devait. Seul. Il lui restait donc un ultime combat. Il ne lui restait plus qu'à serrer les dents une dernière fois. Il n'avait plus qu'à tenir quelques semaines et il aurait réussi. Seul.
 
Sur son chemin, il croisa le BeyParc où il jouait quand il était enfant. Le bâtiment n'avait plus rien à voir avec celui de son enfance. Il avait été modernisé. Les stadium aussi étaient différents. Même les règles du jeu avaient un peu changées à ce qu'il avait pu constater en observant des gosses jouer. Malgré tout, cet endroit était indissociable de souvenirs. De précieux souvenirs. Des souvenirs qu'il gardait dans le secret de son c½ur. Des souvenirs qui le ramenaient à l'époque où il avait sans doute été le plus entouré de sa vie. Bien sûr, on ne pouvait pas vraiment parler d'amis mais au moins de présences plus ou moins proches. Il avait partagé quelques duels de toupies mémorables et vécu quelques aventures à faire pâlir de jalousie la plupart des enfants. Il avait remporté de nombreux tournois et était alors considéré comme l'un des meilleurs bladers du monde. Il y avait fait des rencontres aussi. Des rencontres inoubliables. Il y avait eu ce grand gaillard de Benkei qui le suivait partout à cette époque. Il y avait eu aussi Nile, cet égyptien avec qui il avait fait équipe pour les championnats du monde. Et puis il y avait eu Gingka bien sûr. Gingka son rival. Gingka qu'il n'avait jamais vaincu et qui était la meilleure personne que Kyoya ait jamais rencontrée. Gingka était gentil sans être idiot, joyeux sans être naïf, combattif en restant loyal. Kyoya ne le lui avait jamais dit mais il avait toujours admiré Gingka pour toutes ces raisons. Il avait finalement toujours trouvé naturel d'être vaincu par lui, même si cela blessait sa fierté. Oui, il avait eu quelques relations à cette époque-là.
 
Et puis ça avait été fini. Après la « crise Némésis » comme les médias aimaient à l'appeler, le groupe avait été dissous. Au départ, les gens ne voulaient plus entendre parler de beyblade en ayant peur que des toupies maléfiques ne refassent apparition. Et les coups de plus en plus puissants de Gingka et même de lui n'étaient pas pour rassurer les habitants.  Aussi avaient-ils dû arrêter le beyblade pour une durée qu'ils croyaient courte mais qui s'avéra durer des années. Pendant ce temps, ils avaient bien dû trouver une autre activité. Gingka devint pompier et Kyoya s'engagea dans l'armée. Il était extrêmement téméraire et n'hésitait pas une seconde à risquer sa vie pour les missions les plus futiles. Il courrait dans les fourrés sous les tirs des mousquets. S'attaquait à des groupes de terroristes entiers kamikases et armé jusqu'aux dents, sauvait de pauvres femmes du déshonneur du viol. Il était toujours le premier à se proposer pour des missions quasi suicidaires. Cependant, il revenait toujours. Ses exploits le firent rapidement monter en grade. Entré en tant que soldat, il devient rapidement caporal puis sergent. Peu de temps plus tard il était adjudant et devint lieutenant avant ses 25 ans. Mais il ne s'arrêta pas là. A présent fort de son grade de lieutenant, il dirigeait un régiment. Il était très respecté. Ses subalternes l'admiraient. Il était sévère mais bon. Il ne les envoyait jamais au combat sans se placer en première ligne dans la bataille. Il calibrait chacune de ses missions, évitait autant que possible d'exposer ses hommes à des dangers inutiles. On l'avait souvent vu se recueillir sur les tombes des soldats morts en mission. Chacun était prêt à donner sa vie pour leur chef mais Kyoya ne l'aurait pas toléré. Adulé de son régiment, il passa au grade de capitaine puis de commandant. Il n'avait alors que 34 ans.
 


Alors qu'il devait partir de nouveau en mission en Afrique, il reçut une lettre de Gingka dont il n'avait pas eu de nouvelle depuis près de 20 ans. Ce dernier l'invitait à son mariage avec Madoka. Kyoya avait renvoyé une rapide réponse pour leur adresser poliment ses félicitations mais pour détourner l'offre en raison d'une mission. La vérité, c'était qu'il était disponible ce jour-là mais qu'il avait refusé parce qu'il ne voulait pas y assister. Pourquoi ? Parce qu'il n'aimait pas ce type de réjouissance ? Certes. Parce qu'il ne savait plus quoi dire à ses anciens « amis » 20 ans plus tard ? Surement. Parce qu'il n'aurait jamais pu supporter de voir Madoka épouser Gingka ? Oui, la voilà, la vérité. Car toutes ses années, il n'avait pas cessé de penser à lui, à Gingka. Il lui devait tant ! Toutes ces années, il avait ressenti pour lui une immense reconnaissance, un élan de gratitude. Au fond de lui, il savait que jamais il ne pourrait assez le remercier pour ce qu'il lui avait appris, pour ce qu'il avait été tout simplement. L'avoir connu était pour lui un si grand honneur ! Cette gratitude ajoutée à son admiration pour lui avait fait naître en Kyoya des sentiments qu'il n'aurait jamais soupçonné lui-même. Il se rappellerait toujours de leur première rencontre, de cette bataille aux cents toupies. Ce jour-là, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, Gingka lui avait volé son c½ur et ne le lui avait jamais rendu. Ce n'est que lorsqu'il reçut cette invitation qu'il en prit vraiment conscience. Partagé entre la joie que Gingka ait pensé à l'inviter et la tristesse de ne pas être l'élu, il avait choisi de ne pas troubler la sérénité du couple. Après tout, il n'avait besoin de personne ! Il était toujours ce lion sauvage et solitaire ! Il était reconnu et adulé dans l'armée. Il n'avait besoin de rien. Encore mois de gâcher le bonheur de la seule personne à qui il tenait réellement.
 
Quelques jours après le mariage, il était retourné auprès de sa compagnie. La mission était délicate. Il s'agissait de reprendre une ville aux mains d'un dangereux groupe de terroristes. Jusqu'ici, tout était habituel mais ils avaient posé des bombes un peu partout dans la ville reliées et câblées de telle sorte qu'une seule explosion entraînait l'explosion de toutes. Les terroristes avaient prévenus qu'ils seraient sans pitié. Nul ne pouvait désamorcer les bombes. Ils ne savaient même pas combien il y en avait ni où elles étaient. Le seul moyen d'empêcher ce massacre était de désamorcer la télécommande générale en plein c½ur du quartier général des terroriste dont la position était elle aussi très mal connue. Le régiment de Kyoya avait décidé de se séparer pour retrouver rapidement le quartier général mais Kyoya avait refusé. Un seul faux pas les aurait tous tué. Il était partit seul. Son régiment avait voulu le suivre mais Kyoya ne voulait pas risquer la vie de ses hommes. Il leur avait donné comme ordre de ne rien faire. Même s'il était en difficulté. Dans les rues, il avait évité de justesse de nombreux pièges. Il s'était fait tiré dessus à plusieurs reprises mais était parvenu à semer ses adversaires. Au quartier général terroriste, il avait dû faire face seul à une vingtaine de soldats armés jusqu'aux dents. Mais Kyoya se battait comme un démon. Se refusant à tuer ses adversaires, il parvient tout de même à en assommer plusieurs. Il s'empara de la télécommande et repartit à toute vitesse dans la direction opposée. Les tirs étaient nombreux au-dessus de lui et Kyoya devait slalomer entre les ruines, les corps et les poubelles pours les éviter. Il n'était plus qu'à quelques mètres de la sortie de la ville. Dans quelques mètres il aurait réussi et pourrait donner la télécommande au spécialiste de désamorçage de bombe de son unité. Mais un tir le toucha à la jambe et, déséquilibré, il s'étala au sol. Le choc sur la télécomande provoqua l'explosion coordonnée de toutes les bombes de la ville et il était très proche de l'une d'elle. Il se sentit poussé violemment sur le côté, sans doute par le souffle de l'explosion. Délaissant la télécommande désormais inutile, il se releva avec peine et rejoint son régiment. Ensuite, il dû s'évanouir parce que la suite de ces souvenirs se passait dans un hôpital ou tous ses hommes admiraient et veillaient sur leur commandant. La chambre était bondée. A peine éveillé et malgré la douleur fulgurante qu'il sentait à sa jambe, il fit l'appel pour vérifier que chacun de ses hommes allait bien. Mais un manquait à l'appel. Kyoya envoya certains le chercher mais ils ne le trouvèrent nulle part. Kyoya avait songé à la désertion mais il ne pensait pas ses hommes capables d'une telle lâcheté. Finalement c'est un message d'un terroriste revanchard qu'il leur annonça avec une joie mauvaise que malgré tous leurs efforts, un homme était finalement tombé sous leurs coups. Et Kyoya comprit à ce moment que ce n'était pas le souffle de l'explosion qui l'avait éloigné du danger mais bien un homme, un de ses hommes, qui lui avait sauvé la vie. Kyoya se haïssait d'être la cause de la mort d'un des siens. Il demanda à être seul. Mais son supérieur vint le voir quelques instants plus tard pour lui annoncer que, malgré tout, l'opération avait été une réussite car la base de ce groupe de terroristes avait été démantelée. Maigre compensation avait songé Kyoya. Son supérieur lui annonça également qu'on lui remettrait bientôt le grade de colonel pour sa bravoure sans limite... qui n'avait d'égale que sa modestie car Kyoya refusa net. Il y avait eu un mort dans ses rangs. Ce n'était donc qu'un échec pour lui. Il ne céda que lorsque le président de la République remit la légion d'honneur post-mortem à son camarade décédé et que la famille de ce dernier le supplièrent d'accepter la promotion qui lui était proposé. Ainsi, Kyoya devint colonel. Mais il ne pouvait plus marcher sans canne à présent à cause de sa jambe blessée pendant l'opération qui ne guérirait jamais vraiment. Finit les missions suicides ! Finit les courses folles au milieu des camps de terroristes qui lui tiraient dessus ! De part son handicap et son grade, Kyoya n'avait plus droit de participer lui-même à aucune opération. Il devait déléguer. Cependant, il refusait le luxe de tentes et de lits de camps qu'on lui offrait et s'obstinait à dormir à même le sol auprès de ses soldats les moins gradés. Kyoya s'avéra par la suie un excellent stratège. L'intelligence de ses opérations réduisait grandement leurs pertes et déstabilisaient viscéralement leurs ennemis. Ses talents lui valurent le grade de général. Il avait alors 50 ans. Il continua à servir son pays avec honneur. Il approchait de la retraite quand il démonta une opération terroriste d'envergure sur le sol français. Le président de la république lui offrit alors le plus haut grade qu'un militaire puisse atteindre : le grade de maréchal. Il était donc le premier maréchal depuis le maréchal Pétain et ça le comblait de fierté. Lorsqu'il prit sa retraite, il reçut également la légion d'honneur pour le remercier des services qu'il avait rendu à la nation.
 
En songeant à son parcours, il bombait le torse de fierté mais le présent le rattrapa. Car qu'importait toutes les médailles, tous les titres honorifiques ! Qu'importait son parcours en tout point irréprochable ! Il n'en restait pas moins qu'il allait mourir dans quelques semaines. Seul.


 

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